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L’œil de Moscou : état des lieux de Moscou à l’automne 2026

La Russie se trouve actuellement à un carrefour, confrontée à une multitude de défis tant internes qu’externes. Après une période de choc face aux conséquences des conflits en cours, la société semble avoir commencé à intégrer ce que certains appellent la « nouvelle réalité ». Le Kremlin, de son côté, croit que la dynamique militaro-stratégique pourrait s’inverser à l’approche de l’hiver, malgré les incertitudes persistantes.

L’état de l’économie russe suscite de vives inquiétudes chez Vladimir Poutine. Les indicateurs économiques se dégradent, avec des taux de croissance qui ne dépassent plus 0,5 % pour cette année, après des prévisions plus optimistes pour 2023 et 2024. La Bourse de Moscou, quant à elle, continue de chuter, l’indice IMOEX se maintenant à peine au-dessus de 2100 points, un chiffre bien éloigné des 3000 points atteints l’été dernier. Le secteur agricole, qui avait connu une croissance notable, fait face à des difficultés d’exportation, notamment en raison des attaques ukrainiennes sur les infrastructures portuaires.

Sur le plan budgétaire, la Russie enregistre un déficit de 2,8 % pour les sept premiers mois de l’année, dépassant déjà les prévisions de 1,6 % pour l’ensemble de l’exercice. Bien que ce chiffre puisse sembler modeste comparé à d’autres pays européens, le financement de ce déficit s’avère complexe et coûteux, les taux d’intérêt des obligations d’État dépassant les 15 %. Malgré cette situation difficile, l’économie russe ne semble pas sur le point de s’effondrer, permettant au Kremlin de poursuivre ses efforts militaires en Ukraine jusqu’à l’été 2027 sans nécessiter de changements significatifs dans sa stratégie.

Sur le plan politique, le climat intérieur est marqué par une lassitude croissante et une inquiétude palpable parmi la population. Un sondage récent du Centre Levada révèle que 62 % des Russes sont favorables à des négociations de paix immédiates avec l’Ukraine. Parallèlement, l’institut FOM indique un taux d’anxiété de 53 % parmi les répondants. Cependant, cette désapprobation ne se traduit pas par une contestation politique visible, le système étant solidement verrouillé. La technostructure sécuritaire, comprenant le FSB et d’autres agences, continue de dominer la scène politique.

Les oligarques, souvent perçus comme des acteurs influents, ne semblent pas constituer une force politique significative. Leur vulnérabilité croissante les rend de plus en plus dépendants du Kremlin, y compris en ce qui concerne la sécurité de leurs actifs.

Concernant les relations internationales, l’avenir diplomatique de la Russie semble incertain. Les espoirs de dialogue avec l’administration Trump se sont évaporés, et la situation avec les Européens s’intensifie, avec un risque accru de tensions. Le Kremlin pourrait cependant adopter une approche patiente, anticipant des bouleversements politiques en Europe qui pourraient modifier le consensus sur le soutien à l’Ukraine.

En ce qui concerne le conflit ukrainien, Moscou semble croire que la guerre d’attrition, bien que coûteuse, affaiblit davantage l’adversaire. Les avancées militaires russes, notamment sur l’axe Sloviansk-Kramatorsk, alimentent cette perception optimiste, malgré les revers subis sur d’autres fronts.

Ces divers éléments laissent peu de place à un changement de la position russe. Après un été difficile, Poutine semble avoir retrouvé une certaine assurance, intensifiant ses déplacements à travers le pays. Il est déterminé à poursuivre ce qu’il considère comme la phase finale de la guerre, laissant planer la question de la validité de son optimisme par rapport aux attentes passées.

Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou, a une longue expérience dans l’analyse des dynamiques post-soviétiques et conseille également le président de l’Institut Choiseul pour la Russie.