Belgique

L’extrême droite s’infiltre-t-elle dans le paysage belge politique et médiatique ?

Les médias jouent un rôle crucial dans la diffusion des idées politiques, y compris celles de l’extrême droite. Selon Sylvain Bourmeau, cette dynamique serait en partie due aux logiques économiques qui influencent le journalisme, notamment avec l’essor d’Internet et la nécessité de capter l’attention par le biais du clic. Ce phénomène a été exacerbé par un manque de diversité dans le paysage médiatique, où une concentration des médias entre les mains de quelques acteurs a eu lieu ces dernières années.

Dans ce contexte, les journalistes sont parfois tentés d’accepter les questions posées par l’extrême droite, qui suscitent souvent indignation et engagement. Bourmeau cite l’exemple des récentes déclarations de Marine Le Pen sur le voile, qui ont entraîné une couverture médiatique intense. Il déclare : « Tout le monde s’est engouffré, les médias, y compris les médias les plus sérieux, ont remis sur le tapis cette question, avec des débats sur le mode, ‘faut-il être pour, faut-il être contre ?’ Alors que la vraie question, ce serait plutôt, compte tenu de cette nouvelle déclaration de Marine Le Pen, devons-nous considérer ce parti comme un parti comme les autres, ou devons-nous le traiter différemment des autres partis politiques ? »

Bourmeau souligne également que certains médias invitent des figures de l’extrême droite sous prétexte de pluralité d’opinion. Il explique que cette approche découle d’une culture professionnelle qui valorise le débat contradictoire. Benjamin Biard, ancien animateur de France Culture, met en garde : « Est-ce que certains acteurs politiques, en l’occurrence, jouissant des libertés que garantit la démocratie, ne risquent pas de mettre à mal la démocratie ? »

En Belgique, le cordon sanitaire médiatique, instauré depuis environ 30 ans, a été un outil pour empêcher la propagation des idées d’extrême droite. En Wallonie, par exemple, aucun parti d’extrême droite n’a réussi à s’imposer électoralement. Cependant, Biard appelle à la prudence, notant que ce cordon ne garantit pas l’absence de circulation des idées d’extrême droite, surtout à travers les réseaux sociaux, qui contournent les médias traditionnels. Des concepts comme l’ensauvagement ou le grand remplacement ont ainsi réussi à s’infiltrer dans le discours public.

Les partis traditionnels ne sont pas à l’abri de cette influence. Selon certains chercheurs, des formations de droite montrent des signes d’influence de l’extrême droite. Biard observe des « glissements » dans le discours, notamment au sein de la N-VA et du Mouvement réformateur, tout en précisant que ces partis restent des entités démocratiques.

Pour Bourmeau, il ne suffit pas d’un travail journalistique pour contrer la montée de ces idées. Il plaide pour un effort d’analyse et de qualification des discours : « Je pense qu’avant d’interdire quoi que ce soit, ce que je revendique, c’est le droit de qualifier les choses. […] Aujourd’hui, l’extrême droite bénéficie de ce brouillard dans lequel on est, de la plus grande difficulté qu’il y a probablement à mettre des étiquettes sur certaines personnes ou certaines idées qui ont tendance à s’infiltrer dans l’espace public. Au fond, je pense qu’il y a un travail de qualification, de dénomination à mener. »

Pour approfondir cette discussion, l’intégralité de l’entretien est disponible dans le podcast du Monde en Direct.