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L’Europe fermerait-elle enfin la porte aux touristes russes ?

Un événement inattendu peut parfois catalyser des changements significatifs. Le 4 août, un drone chargé d’explosifs a été découvert près d’avions ukrainiens à l’aéroport de Leipzig. Bien qu’il n’ait pas explosé, cet incident a provoqué une onde de choc.

Cette semaine, les autorités allemandes ont officiellement accusé Moscou d’être derrière cette opération. Selon Berlin, les éléments recueillis sur place, ainsi que le mode opératoire, pointent clairement vers des agents travaillant pour les services russes. Il ne s’agit pas de simples soupçons, mais bien d’une accusation formelle contre la Russie.

Deux suspects ont été identifiés, l’un d’eux étant né en Russie avec un passeport letton, tandis que l’autre, de nationalité biélorusse, possède également la nationalité russe. D’après les médias allemands, ce dernier aurait obtenu un visa touristique délivré par l’Italie, ce qui a incité Rome à ouvrir une enquête sur les conditions de délivrance de ce visa. Ce cas soulève des questions sur la sécurité des visas russes en Europe.

Ce sujet n’est pas nouveau. Dès juin, des pays nordiques et baltes avaient déjà exprimé leur désir de restreindre l’accès des ressortissants russes à l’Europe. Johan Forssell, ministre suédois de la Migration, avait déclaré : « Je veux qu’il n’y ait plus de week-end shopping. Je veux qu’il n’y ait plus de voyages de luxe en Europe alors que des Ukrainiens meurent sur le champ de bataille. » Parallèlement, plusieurs pays, dont la Suède, la Finlande et les États baltes, avaient cosigné une lettre à la Commission européenne pour dénoncer le tourisme russe en période de guerre.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, 620 000 visas ont été accordés à des Russes, dont 477 000 visas touristiques, une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente. La France, l’Italie et l’Espagne représentent près des trois quarts des demandes acceptées.

La question des visas divise l’Europe. Les pays baltes et nordiques considèrent chaque visa comme un risque potentiel, alors que la France, l’Italie et l’Espagne estiment qu’une fermeture totale des frontières punirait injustement des citoyens innocents et des opposants au régime russe. Actuellement, l’Europe a opté pour un compromis : elle a suspendu l’accord de facilitation des visas avec Moscou après l’invasion de l’Ukraine, mais n’a pas instauré d’interdiction générale des visas touristiques.

Les discussions sur l’interdiction d’entrée pour les anciens combattants russes ont également révélé des divergences au sein des 27 États membres, entraînant une dilution des mesures dans le dernier paquet de sanctions.

L’incident de Leipzig a récemment ravivé le débat sur les visas. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie estonienne, a évoqué un « large soutien » en faveur d’une interdiction des visas pour les anciens combattants russes lors d’une réunion informelle des ministres des affaires étrangères. Bien qu’aucun accord ne soit encore atteint, le sujet est de nouveau sur la table.

Cependant, un problème persiste : le passeport peut ne plus être un filtre efficace. Les services russes semblent adopter des méthodes de sous-traitance pour le sabotage, recrutant des exécutants locaux via des plateformes en ligne. Cette approche a été observée à travers l’Europe, où des nationalités variées, y compris des Ukrainiens et des Moldaves, sont impliquées dans des opérations de sabotage.

Les services de renseignement danois ont récemment accusé la Russie de tenter de recruter des citoyens danois pour des missions de sabotage contre des entreprises de défense. Ce constat souligne que la question des visas devient plus complexe. Si l’objectif est de prévenir l’entrée d’anciens militaires russes, il est crucial de reconnaître que d’autres nationalités peuvent également être impliquées dans des actes malveillants.

Le cas de Leipzig met en lumière une faille dans le système des visas. Les Européens doivent agir pour colmater cette brèche, mais croire qu’une simple fermeture des frontières suffira à stopper le sabotage russe serait une illusion.