Les océans ne menacent-ils pas la stabilité financière ?
L’économie de la mer représente 3 à 4% du PIB mondial, soit environ 2600 milliards de dollars, et fait vivre plus de 100 millions de personnes dans le monde. Chaque année, 7300 milliards de dollars sont investis dans des activités qui dégradent l’océan, contre seulement 220 milliards consacrés à sa protection.
L’objectif est clair : allier finance et protection des mers. Actuellement, cet écart est considérable. Pour rendre l’économie maritime durable, il faudrait environ 175 milliards de dollars d’investissements chaque année.
L’économie bleue, ou maritime, englobe toutes les activités économiques liées aux océans et aux zones côtières : transport, pêche, tourisme, énergie, industries, ainsi que les services fournis par les écosystèmes marins sur lesquels elles reposent.
## La mer, cinquième puissance économique mondiale
Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), l’économie de la mer représente entre 3 et 4 % du PIB mondial, soit environ 2 600 milliards de dollars. Elle soutient plus de 100 millions de personnes à travers le monde, transporte plus de 80 % des marchandises mondiales et assure la sécurité alimentaire pour trois milliards de personnes. Si l’économie de la mer était un pays, elle se classerait cinquième dans le monde, constituant ainsi un pilier mondial, mais fragilisé.
## Les océans, futurs « subprimes » selon le Forum économique mondial ?
Les océans, bien qu’essentiels, sont en danger en raison de crises majeures et interconnectées. La surpêche, la pollution par le plastique et les produits chimiques, l’exploitation minière en eau profonde, ainsi que le réchauffement climatique menacent la biodiversité marine, dégradent les écosystèmes côtiers et compromettent la capacité des océans à réguler le climat global.
L’économie maritime se trouve à un tournant. Sa santé dépend directement de celle des océans, qui se détériore.
Le Forum économique mondial évoque désormais les océans comme des « nouveaux subprimes ». Cette métaphore forte n’est pas anodine. Comme avant la crise financière de 2008, l’organisation, qui regroupe des leaders économiques, politiques et scientifiques, souligne qu’une valeur économique est créée sans tenir compte de l’état réel des actifs sous-jacents, ici représentés par les écosystèmes marins. En d’autres termes, des secteurs tels que la pêche, le tourisme ou les infrastructures côtières continuent d’attirer des investissements alors même que les ressources sur lesquelles ils se basent s’amenuisent.
Le déséquilibre financier est frappant : chaque année, 7 300 milliards de dollars sont investis dans des activités qui abîment l’océan, contre seulement 220 milliards consacrés à sa protection. C’est pourquoi le Forum économique mondial avertit d’un véritable « suicide économique », car plus de la moitié du PIB mondial dépend directement ou indirectement de la nature. Détériorer cet actif fragilise l’ensemble de l’économie, surtout sachant que la valeur totale des services fournis par l’océan est estimée à 24 000 milliards de dollars.
De plus, contrairement à la crise de 2008, aucun plan de sauvetage ne sera envisageable : on peut recapitaliser une banque, mais on ne peut ni imprimer du thon ni refinancer une zone de pêche en déclin ou restaurer un récif corallien.
## Repenser la finance de l’océan
De nouveaux outils financiers commencent à émerger, portés par le Forum économique mondial et de grandes institutions internationales : on observe l’apparition d’obligations bleues visant à financer la protection marine, de swaps dette-nature permettant de réduire la dette des États en échange d’engagements environnementaux, ou encore des structures d’investissement intégrant la santé des écosystèmes dans la valeur des actifs.
Cependant, pour l’heure, ces outils demeurent marginaux par rapport aux flux massifs qui continuent d’alimenter les activités les plus destructrices. Cela est également souligné par l’OCDE dans son rapport sur l’économie de la mer à l’horizon 2050 : bien que cette économie ait été dynamique, avec une croissance moyenne de 2,8 % par an pendant 25 ans, cette tendance n’est pas assurée. L’avenir dépend désormais des choix politiques et économiques.

