
« Les conséquences de la réforme dans l’enseignement secondaire : pas juste deux heures en plus »
Au sein de l’Institut Saints-Joseph-et-Paul à Florennes, l’ambiance est marquée par des ajustements significatifs dans l’enseignement. Christine Matagne et Emilie Gérard, toutes deux professeures de français dans le secondaire supérieur, se retrouvent à devoir adapter leur méthode d’enseignement. Désormais, elles doivent assurer 22 périodes de cours par semaine, contre 20 auparavant.
Pour faire face à cette nouvelle exigence, les deux enseignantes ont choisi de se partager une classe. Ainsi, les élèves de 5e secondaire bénéficieront de l’expertise de deux enseignantes. Christine explique : « Ça suppose de bien s’entendre. Et nous, la chance qu’on a c’est que ça fait longtemps qu’on prépare nos cours ensemble. » Elles ont convenu d’un système où chacune d’elles suit le cours de l’autre, afin de maintenir la continuité pédagogique. Emilie ajoute : « On est donc en train de se répartir la matière. Ça se passe bien entre nous, mais c’est vrai que c’est un surplus de communication, de coordination et de cohérence dans notre manière d’enseigner. »
Cependant, cette collaboration nécessite un investissement de temps supplémentaire en dehors des heures de cours. Emilie souligne l’importance de trouver des créneaux communs pour discuter des cours, ce qui peut s’avérer compliqué. « Il faut qu’on trouve des heures de fourche commune. Si on n’en a pas, on fait cela après 16 heures. C’est certain que c’est du travail en plus », précise-t-elle. Elle partage également son expérience de devoir enseigner trois cours différents avec trois collègues, ce qui rend l’organisation encore plus complexe.
Emilie ne minimise pas l’impact de cette réforme : « On pense que ce ne sont que deux heures en plus et que c’est dérisoire. Mais déjà, ce n’est pas deux heures en plus, c’est finalement 10% du travail en plus. » Elle évoque également les défis d’organisation liés à la nécessité de partager les classes, un aspect qui, selon elle, n’a pas été suffisamment pris en compte lors de la mise en œuvre de ces changements.
À Charleroi, Emmanuelle De Longueville, déléguée syndicale SETCa, exprime un sentiment de désespoir face à la situation actuelle. « Je suis au bord d’une crise. Vraiment, il y a un sentiment de tristesse profonde. Je passe entre larmes et colère. » Enseignante depuis 15 ans, elle se voit contrainte de se réinventer cette année, alors qu’elle se retrouve sans la moitié de ses heures de cours habituelles.
Les réaffectations dans son établissement ont conduit à une redistribution des heures d’enseignement, laissant Emmanuelle avec des classes d’inférieur qu’elle ne connaît pas. « L’année passée, j’avais des 4èmes, des 5èmes, des 6èmes et des 7èmes. Cette année-ci, j’ai commencé sans rien », explique-t-elle. Elle se retrouve à devoir aider des élèves en difficulté, sans avoir de classe attitrée pour ses six heures restantes.
Dans un autre registre, Pablo Cardona Pradilla, un jeune professeur de mathématiques, raconte son parcours atypique. Ancien ingénieur, il a décidé de se tourner vers l’enseignement l’année dernière, trouvant sa vocation dans l’éducation. Malheureusement, en raison de la réforme qui a redistribué les heures, il se retrouve sans emploi. « A cause de la réforme, je n’ai pas pu faire la rentrée scolaire avec mes collègues. J’ai eu beaucoup de tristesse », confie-t-il, ajoutant qu’il est également jeune papa.
Bien qu’il ait récemment reçu une offre pour 8 heures de cours, Pablo reste préoccupé par son avenir professionnel. « Pour moi, enseignant, c’est l’un des plus beaux métiers du monde », déclare-t-il, tout en étant prêt à envisager d’autres opportunités si nécessaire.
Ces témoignages illustrent les défis auxquels sont confrontés les enseignants dans le cadre d’une réforme qui, bien que visant à améliorer l’éducation, engendre des conséquences imprévues sur leur quotidien et leur bien-être.
