
Les brasseurs belges réagissent au slogan « L’alcool nuit à la santé » : « Il n’existe pas de seuil sans risque » selon un alcoologue.
Les brasseurs belges expriment leur mécontentement face à un nouveau slogan de prévention, qu’ils jugent paternaliste et culpabilisant, le percevant comme une atteinte à leur culture. Cette réaction est soutenue par une vingtaine de signataires, dont certains membres de la majorité fédérale, alors même que l’arrêté royal, approuvé en mars dernier par cette même coalition, est à l’origine de cette initiative. Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, rappelle que cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’accord gouvernemental. Martin de Duve, alcoologue et directeur d’Univers Santé, souligne que la question de l’alcool est avant tout une problématique de santé publique.
Le lien entre la consommation d’alcool et la santé est clairement établi. Martin de Duve précise : « Il y a des centaines d’articles scientifiques qui démontrent l’impact de l’alcool à toutes les doses. Près de 200 pathologies, dont au moins six cancers, sont associées à sa consommation. L’alcool affecte le système cardiovasculaire, augmente les risques d’hypertension, d’AVC et de cardiomyopathies. De plus, il nuit au sommeil et à la santé mentale, en étant dépressogène. Il favorise également le diabète et l’excès de poids. »
Concernant les risques liés à la consommation, il insiste sur l’absence de seuil sans risque : « Qu’on le veuille ou non, il n’existe pas de seuil sans risque en matière de consommation d’alcool, contrairement à ce que les alcooliers veulent nous faire croire. » Selon lui, même un verre peut avoir un impact sur la santé.
Statistiquement, l’alcool représente un enjeu majeur en Belgique. Il est la troisième cause de mortalité générale, la deuxième cause évitable après le tabac, et la première chez les jeunes. Les estimations varient entre 4 000 et 10 000 décès annuels liés à l’alcool, avec environ 14 % de consommateurs problématiques et 6 à 7 % de personnes dépendantes. De plus, l’accès aux soins reste problématique, avec seulement 15 % des personnes souffrant d’un trouble lié à l’alcool qui sont diagnostiquées, et seulement 8 % qui consultent.
Martin de Duve ajoute que sur le plan économique, l’alcool coûte en moyenne trois fois plus qu’il ne rapporte à l’État, en tenant compte des coûts liés à la mortalité prématurée, aux pathologies chroniques et à l’absentéisme au travail.
En ce qui concerne les mesures de prévention, il déplore le manque d’information disponible pour les consommateurs. « Sur certains produits alcoolisés, les ingrédients et la composition nutritionnelle ne sont pas toujours indiqués. La régulation est insuffisante, et les pratiques commerciales des alcooliers sont trop laxistes. » Il appelle à une meilleure régulation, y compris une possible interdiction de la publicité pour l’alcool.
Martin de Duve conclut en affirmant que l’État ne doit pas être complice de la surconsommation d’alcool, soulignant que la campagne de la Fédération des Brasseurs Belges est une tentative de détourner l’attention des véritables enjeux de santé publique. « Il s’agit simplement d’indiquer que l’alcool nuit à la santé dans des publicités qui, par ailleurs, peuvent continuer à exister, alors qu’il cause plusieurs milliers de décès par an en Belgique. »
