
« Le FLNC menace les ‘non-Corses’ : pas de sécurité en Corse »
La récente conférence de presse clandestine du Front de Libération Nationale Corse (FLNC) a suscité un vif intérêt, marquée par une mise en scène saisissante. Le 6 août, le quotidien Corse Matin a rapporté cet événement où un drapeau corse de grande taille et une bannière du FLNC étaient bien en vue, accompagnés d’armes de guerre posées sur une table, séparant les journalistes des membres de l’organisation.
Antoine Giannini, journaliste pour Corse Matin, a commenté cette mise en scène, soulignant que ces conférences de presse, bien que rares, sont une tradition du mouvement indépendantiste qui perdure depuis cinq décennies. Il a noté que la configuration de cet événement, qui a eu lieu pour la première fois depuis 2014, était inattendue, s’attendant plutôt à un communiqué habituel.
Accompagné de son photographe, Giannini a enregistré un discours de 25 minutes, diffusé par le FLNC-Union des Combattants, qui a été long et détaillé. Bien qu’il ait pu poser quelques questions, les réponses des militants sont restées succinctes.
Le discours prononcé lors de cette conférence était particulièrement virulent à l’égard de l’État français, qualifié de « puissance coloniale ». Le FLNC a réaffirmé sa détermination, déclarant que « notre détermination reste intacte et sans faille », tout en insistant sur le fait que le peuple corse doit accomplir son « destin national » et non subir un destin français. Le message était également menaçant envers les « non-Corses », leur ordonnant de « rester chez eux », tout en avertissant qu’ils ne devraient pas se sentir en sécurité sur le territoire national.
Le mouvement a dénoncé ce qu’il appelle une « colonisation de peuplement galopante », rejetant l’idée d’une « communauté de destin » qui inclurait tous les habitants de l’île. Cette intolérance envers les « non-Corses » s’inscrit dans un contexte de droitisation croissante du discours politique en Corse, où l’extrême droite, notamment le Rassemblement National, gagne du terrain.
Giannini souligne que cette prise de parole du FLNC pourrait être interprétée comme une tentative de réaffirmer son existence face à une stratégie politique qui semble plus efficace que la lutte armée. La question demeure : quelle sera la crédibilité du FLNC si ses menaces ne se concrétisent pas ? Les dernières explosions, attribuées au FLNC, ont eu lieu en 2022 et 2023, ciblant principalement des résidences de Français continentaux.
La conférence de presse a également coïncidé avec les 44e Ghjurnate Internaziunale di Corti, un rassemblement annuel des mouvements nationalistes. En réponse à cette situation, le Parquet National Anti-Terroriste a ouvert une enquête pour identifier les participants, suspectant qu’ils appartiennent à une organisation clandestine violente.
Pierre Mathiot, politologue, rappelle que le FLNC n’est pas un parti politique mais un mouvement clandestin qui a mené des actions terroristes, notamment des assassinats et des destructions de biens. Il souligne que le FLNC, isolé ces dernières années, pourrait se sentir acculé à recourir à des actions violentes. Paradoxalement, alors que la France envisage d’accorder un statut d’autonomie à la Corse, les nationalistes sont divisés sur cette question. Mathiot explique que si le FLNC se manifeste, c’est qu’il se sent menacé par cette réforme qui pourrait invalider sa stratégie.
Le FLNC critique les partis autonomistes pour leur soutien à cette réforme, la qualifiant de « mascarade » et appelant à une reconnaissance plus profonde du peuple corse et de sa langue. Les membres du FLNC affirment que « le peuple corse ne sera jamais une vulgaire communauté administrative au crochet de l’État français », posant ainsi la question de la manière dont le mouvement entend élargir son audience et faire entendre ses revendications.
