Belgique

L’administrateur général de la RTBF présente le bâtiment Média Square.

Le nouveau bâtiment Média Square, abritant les équipes de la RTBF, a été inauguré ce jeudi en présence du couple royal. La RTBF a adopté l’année dernière un plan d’économies chiffré à 132 millions d’euros sans licenciements secs, au moins jusqu’à 2028.


Après dix ans de travaux, le nouveau bâtiment Média Square, qui héberge les équipes de la RTBF, a été officiellement inauguré ce jeudi en présence du couple royal. Pour Jean-Paul Philippot, l’administrateur général, ce changement était indispensable afin de permettre au service public de s’adapter pleinement aux exigences du 21e siècle et de répondre aux nouveaux modes de communication et de consommation.

« C’est un bâtiment dans lequel la technologie n’est plus au service d’un mode de transmission particulier comme la radio ou la télévision. La technologie s’efface pour permettre plus d’informations, plus de production de contenus locaux et également une capacité de diffusion vers les nouvelles formes de consommation, que l’on soit sur un smartphone, une télévision connectée, une tablette ou un ordinateur », a-t-il déclaré.

Il évoque plusieurs mots d’ordre pour décrire ce nouveau bâtiment : l’efficience – avec des studios deux fois moins nombreux que dans l’ancien bâtiment et plus modulables – la collaboration, mettant ainsi fin aux longs couloirs et bureaux fermés, et offrant autant de places individuelles que d’espaces de travail communs ; enfin, il souligne la transparence et l’ouverture au public.

Ce nouvel espace a également un coût : 236 millions d’euros, dont 179 millions pour le bâtiment et 57 millions pour la technologie. En ces temps d’économies à tous les niveaux de pouvoir, certains se questionnent sur la capacité du média public à financer un tel projet. Jean-Paul Philippot assume cette démarche : « Le média public est un média qui est financé par la collectivité, qui appartient à la collectivité et qui s’adresse à la collectivité. C’est un média dont tous les contenus sont accessibles gratuitement, on le voit par exemple avec le sport, les séries belges, le concours Reine Elisabeth… »

« Ce nouveau bâtiment est un outil nécessaire qui, dès sa mise en exploitation complète, va générer entre 10 et 15 millions d’euros d’amélioration de productivité, d’économie de fonctionnement. C’est aussi un outil qui va consommer 40% d’électricité en moins et 75% de gaz en moins. C’est un outil qui est significativement plus efficient, c’était nécessaire de l’avoir », précise-t-il.

La dotation publique de la RTBF, actuellement gelée à 350 millions d’euros par an, suscite également des discussions. Jean-Paul Philippot insiste sur la nécessité de remettre cette situation dans son contexte : « Si l’on se compare à la BBC en Angleterre ou à France Télévisions, nous sommes dans un rapport d’un à dix, un à 15 en moins. France Télévisions, c’est une dotation de 3 à 4 milliards d’euros, alors que leur journal télévisé dure entre 35 et 40 minutes, comme celui de la RTBF. »

Face à la domination croissante des réseaux sociaux et aux besoins d’information locale, il met en avant un chiffre : « En 2030, il y a 950 millions d’euros de publicités belges qui partiront vers les Gafam (les cinq géants américains du numérique : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Or, ils n’investissent strictement rien en Belgique. »

Il ajoute : « 60% de la production de contenus originaux, des fictions, des documentaires, des séries produits en Belgique francophone le sont grâce à la RTBF et à cette dotation. Cette dernière sert d’une part à informer et d’autre part à produire des contenus locaux. Dans un monde global où les contenus sont de plus en plus larges, la langue française, les cultures, les patrimoines de Wallonie et de Bruxelles n’existeront qu’au travers de leur traduction audiovisuelle. »

Actuellement, environ 1750 équivalents temps plein, soit 1850 personnes, travaillent pour la RTBF à Reyers et dans différents postes en Wallonie. Malgré les mesures d’économies et ce nouveau bâtiment réduit, Jean-Paul Philippot affirme n’avoir prévu aucun licenciement.

« Néanmoins, c’est un fait, nous réduisons nos effectifs. Nous les avons réduits de 3 à 4% – près de 60 équivalents temps plein – dans le courant de l’année 2025. En 2002, lorsque j’ai commencé, il y avait près d’un millier de travailleurs en plus qu’aujourd’hui. On a énormément réduit nos effectifs tout en ajoutant des chaînes de télévision et de radio et en développant massivement Auvio, la première plateforme belge francophone d’usage, ainsi que le site RTBF Actus. »

La RTBF a l’année précédente adopté un plan d’économies évalué à 132 millions d’euros sans licenciements, au moins jusqu’à 2028, et un nouveau contrat de gestion doit être négocié avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2027.

Par ailleurs, la recherche d’un successeur à Jean-Paul Philippot, dont le mandat se termine le 31 octobre prochain, se poursuit. « L’information selon laquelle il ne resterait que deux candidats en lice est totalement fausse et ne correspond pas à la réalité de la situation », a-t-il assuré.