
La revue de presse : non, céder aux exigences de Ryanair n’est pas nécessaire.
Pourtant, les autorités avaient fait un effort en réduisant le montant de la nouvelle taxe d’embarquement. Au lieu de 10 euros, l’augmentation serait limitée à 7 euros. De quoi apaiser Ryanair, pensaient les observateurs. Mais cela n’a pas été le cas. La compagnie a malgré tout réduit son offre : moins 2 millions de sièges à Charleroi. Les pouvoirs publics se retrouvent doublement perdants, avec des recettes largement inférieures en raison de la baisse de la taxe et du nombre de vols, souligne De Morgen.
Le quotidien dénonce le chantage exercé par Ryanair. Faut-il céder aux exigences des multinationales ? Pas toujours, répond le journal. Parfois, l’entreprise joue un coup de bluff. Cela pourrait bien être le cas ici. En réalité, Ryanair a vu ses bénéfices chuter de 34 % au cours du dernier trimestre. La raison en est le prix élevé du kérosène. Les marges sont sous pression, surtout pour les compagnies à bas prix. Cependant, on a constaté que même Lufthansa a dû supprimer des vols. Michael O’Leary a peut-être tout simplement profité de cette crise pour faire baisser les taxes environnementales.
L’Echo évoque également ce camouflet de Michael O’Leary. « Le rapport de force fait partie intégrante de sa stratégie », rappelle le quotidien économique. Il est temps d’arrêter de se plier à ses exigences et de s’attaquer au véritable problème : la dépendance excessive de Charleroi à Ryanair. Ryanair représente plus de 80 % du trafic total de l’aéroport. « À trop dépendre d’une seule compagnie, on s’expose à subir des menaces à répétition ».
Pour se diversifier, Charleroi doit attirer d’autres trafics, comme celui des avions gros-porteurs ou des vols long-courriers qui se font toujours attendre. L’aéroport devrait également attirer certains vols qui sont encore concentrés à Zaventem. « Une meilleure accessibilité, notamment ferroviaire, permettrait aussi d’élargir la clientèle de l’aéroport ». « Le véritable camouflet ne réside peut-être pas dans la décision de Ryanair », suggère L’Echo, « mais dans le fait que la Wallonie n’a toujours pas réussi à construire un modèle capable de s’affranchir de cette dépendance ».
Ryanair bénéficie pourtant d’importantes aides publiques. Sans elles, « l’essor de la compagnie irlandaise dans de nombreux aéroports régionaux n’aurait jamais été possible ». Un détail que Michael O’Leary semble oublier, ironise La Dernière Heure.
« Réclamer toujours plus de liberté, toujours moins de contraintes fiscales, tout en profitant des aides publiques et en maximisant chaque source de revenus : difficile de ne pas y voir une volonté de recevoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière », conclut l’éditorialiste.
À côté du dossier Ryanair, un autre sujet plus rafraîchissant est commenté par la presse flamande : la baignade en eaux libres.
La Flandre s’apprête à vivre un changement en la matière. Le ministre flamand de l’Environnement, Jo Brouns, annonce qu’il souhaite légaliser la baignade en eaux libres dès le premier juin prochain. À partir de cette date, nager en eaux libres en Flandre deviendrait un droit, comme c’est déjà le cas depuis plus longtemps aux Pays-Bas. Il sera possible de plonger dans tous les lacs, rivières, canaux, sauf aux endroits où l’interdiction est explicitement indiquée.
C’est une inversion du principe actuel, qui stipule que la baignade n’est permise que là où elle est explicitement autorisée. Les nageurs effectueront toutefois leur plongeon à leurs risques et périls, notamment en ce qui concerne la qualité de l’eau, qui laisse parfois à désirer en Flandre.
Alors, est-ce une bonne ou une mauvaise chose d’autoriser la baignade en eaux libres ? Le titre de l’édito du Standaard est assez explicite : « Vive l’autorisation de la baignade en eaux libres ». L’éditorialiste voit même dans cette décision une petite révolution. La philosophie de gouvernance flamande se base en effet sur la précaution, donc sur la restriction. Voilà qu’elle bascule soudain vers la responsabilité individuelle, donc vers la confiance envers le citoyen.
De Standaard, qui, comme Het Laatste Nieuws, regarde avec envie nos voisins néerlandais, ou encore les Danois qui ont cette culture de la baignade, évoque les canaux de Copenhague où les habitants plongent même en hiver.
Cependant, certains dans la presse soulignent le faible niveau de natation des élèves flamands. « Miser sur la responsabilité individuelle, oui, mais tout le monde ne l’exerce pas avec la même sagesse ». De plus, Het Laatste Nieuws souligne ce risque : en prenant cette décision, le ministre pourrait en réalité « renvoyer la patate chaude » aux bourgmestres, qui se verront obligés d’aménager et de sécuriser des accès ou de s’assurer que les berges ne se transforment pas en dépotoirs.
Des bourgmestres qui, de peur de voir un accident ou une noyade se produire sur leur commune, pourraient aussi décider d’y interdire toute baignade. « Une seule interdiction générale en Flandre pourrait alors être remplacée par des centaines de panneaux d’interdiction locaux ».
