« La place des jeunes n’est pas ailleurs que dans les manifestations, déclare le Délégué général aux droits de l’enfant. »
Une manifestation a rassemblé environ 2500 personnes ce lundi, sur la Place Poelaert à Bruxelles, pour manifester contre les violences policières. Le Délégué général aux droits de l’enfant rappelle que des règles spécifiques existent pour l’intervention policière face à des mineurs.
Une nouvelle manifestation s’est tenue ce lundi sur la Place Poelaert à Bruxelles, rassemblant environ 2500 personnes selon la police, pour protester contre les violences policières. Solayman Laqdim y était présent. Bien que cette manifestation ait eu lieu dans une atmosphère relativement calme, les événements récents ont été plus tendus. Depuis jeudi, une importante mobilisation des enseignants et des étudiants contre les réformes de l’éducation a incité les jeunes à se faire entendre dans la rue, menant à des frictions avec les forces de l’ordre.
Le Délégué général a déclaré : « Je voudrais rappeler que les jeunes sont des citoyens à part entière, qu’ils ont le droit de manifester, qu’ils ont le droit de faire entendre leur voix, qu’ils ont le droit de participer aux décisions qui les concernent puisque c’est quand même eux qui vivent les réalités du système scolaire. »
Dans ce contexte, le défenseur des droits de l’enfant en Fédération Wallonie-Bruxelles a relevé un discours selon lequel les jeunes manifestants seraient manipulés par leurs professeurs pour défendre des intérêts personnels. « C’est un récit caricatural où l’on part du principe que les élèves sont bêtes comme leurs pieds et qu’ils ne sont pas capables de réfléchir. Moi, je pense que c’est le contraire : les jeunes sont capables de s’informer, de comprendre les enjeux et leur engagement est authentique. » Il a ajouté : « Une citoyenneté, cela s’apprivoise. Si l’on veut en faire des citoyens actifs, critiques et solidaires. Bien sûr que leur place est dans les manifestations. »
S’agissant des tensions entre la police et les manifestants, le Délégué général aux droits de l’enfant a exprimé des regrets sur des interventions violentes des forces de l’ordre, sans discernement. « Je n’ai pas de souci à ce qu’il y ait des arrestations ciblées et que des poursuites soient entamées si certains jeunes commettent des infractions. Là où j’ai un souci, c’est que l’on transforme ces responsabilités individuelles en punition collective. Ça, on ne peut pas l’accepter. Un État de droit se mesure aussi dans des moments de tensions« , a-t-il souligné.
Solayman Laqdim a annoncé qu’il a reçu « pas mal de plaintes » concernant des violences policières ces derniers jours. « Nous sommes en train de les identifier. Nous avons eu une réunion hier avec la Ligue des Droits humains, le Service Droit des Jeunes, la FAPEO (Fédération des Parents et des Associations de Parents) et d’autres acteurs pour essayer d’éviter les doublons et nous allons interpeller les autorités policières, politiques et judiciaires pour que la lumière soit faite sur ces faits. »
Le Délégué général aux droits de l’enfant a rappelé qu’il existe des règles spécifiques concernant les interventions policières envers les mineurs. La loi sur la fonction de police interdit notamment de les menotter ou de les soumettre à des traitements inhumains. « On a des jeunes qui ont été matraqués, des jeunes qui ont été exposés à des gaz lacrymogènes, il y a eu des arrestations massives de jeunes qui, objectivement, étaient venus de manière tout à fait pacifique exprimer leur opinion. Ça, c’est profondément inadmissible« , a-t-il déclaré.
Solayman Laqdim a également rappelé que la justice a déjà plusieurs mesures pour traiter les infractions commises par des mineurs. « Que l’on procède à des arrestations ponctuelles, que des poursuites soient entamées et que des mesures soient prises par les juges de la jeunesse. Aujourd’hui, on n’a pas besoin de réinventer des réponses pour pouvoir répondre à cette problématique. »
Concernant l’idée de Conner Rousseau d’un « camp de rééducation pour délinquants », reprise par le ministre de la Défense Theo Francken et par le président du MR Georges-Louis Bouchez, le Délégué a préféré ne pas s’étendre. « Les communications rapides qui n’ont pas beaucoup de fond, j’ai du mal. On est dans l’ère d’une communication qui essaie toujours d’imposer sa manière de mentir. Outre les questions en termes de financement et d’opérationnalisation, on a assez de recul aujourd’hui pour savoir que ces camps ne fonctionnent pas. […] Plutôt que de vouloir refinancer des dispositifs alors que l’on dit que l’on est dans un contexte de pénurie, donnons les moyens à la justice pour les mineurs pour pouvoir exercer correctement leurs missions et investissons dans notre enseignement qui en a grandement besoin pour être plus performant. »
Cela fait maintenant plusieurs semaines que des élèves de secondaire ne se rendent plus à l’école, soulevant des questions sur les conséquences pour « l’intérêt supérieur de l’enfant » dans le cadre de cette grève. « L’intérêt supérieur de l’enfant est en quoi une décision administrative, politique ou judiciaire améliore la situation des enfants« , a rétorqué Solayman Laqdim. « Sur le court terme, ne pas aller à l’école impacte directement l’intérêt supérieur de l’enfant. Sur le long terme, ce sont peut-être les réformes qui ont cet impact négatif. »
Concernant l’annulation de certains examens, le Délégué général a invité à faire confiance aux enseignants qui « font de l’évaluation permanente auprès de leurs jeunes, ils les connaissent bien« . « Les épreuves certificatives sont là pour valider des acquis auprès des jeunes, le fait de les annuler est très dérangeant, mais il faut prendre en compte le contexte dans lequel il n’y a pas eu de révisions et qui implique énormément d’anxiété pour les jeunes et leur famille, donc je ne suis pas sûr que dans l’intérêt supérieur de l’enfant, il faille maintenir ces épreuves certificatives. » Solayman Laqdim espère éviter une situation similaire à celle du Covid-19 où l’annulation des examens, couplée à un manque de socialisation, a laissé des séquelles chez certains jeunes.

