
La médaille Fields 2026 récompense quatre jeunes chercheurs en mathématiques
Décernée par l’Union mathématique internationale, la médaille Fields est un médaillon en or représentant le visage d’Archimède, accompagné d’une récompense de 15.000 dollars canadiens.
Ce prix honore des chercheurs de moins de 40 ans, parmi lesquels se trouve jeudi une nouvelle lauréate, Hong Wang. À 35 ans, cette mathématicienne chinoise, qui enseigne en France à l’Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES) et aux États-Unis à l’université de New York (NYU), devient la troisième femme à recevoir cette distinction depuis la création du prix en 1936, une discipline encore largement dominée par les hommes. Succédant aux mathématiciennes iranienne Maryam Mirzakhani (2014) et ukrainienne Maryna Viazovska (2022), Hong Wang est reconnue pour ses travaux ayant permis de résoudre l’an passé une énigme mathématique vieille de plus d’un siècle. En 1917, le mathématicien japonais Soichi Kakeya a posé une question très simple : « si l’on fait tourner un crayon de manière à lui faire effectuer un tour complet, quelle est la plus petite aire qu’il balaye ? », détaille à l’AFP Hong Wang. Ce problème, aux ramifications diverses et complexes, a épuisé de nombreux chercheurs.
Son compatriote Yu Deng, enseignant à l’université de Chicago, a également été honoré par la médaille Fields cette année, confirmant la montée en puissance de la Chine dans le domaine des mathématiques. « C’est vraiment un immense honneur de voir mon nom figurer aux côtés de tous ces grands mathématiciens que j’ai toujours admirés », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Les États-Unis, qui détiennent le record de lauréats, n’ont pas été en reste, l’Américain John Pardon, également âgé de 37 ans, étant couronné jeudi. Le Canadien Jacob Tsimerman, 38 ans, complète le quatuor. Ce spécialiste en géométrie algébrique complexe et théorie analytique des nombres a partagé dans une vidéo l’origine de sa passion pour les problèmes mathématiques. Tout a commencé, selon lui, par une « petite énigme » posée dans son enfance par son grand-père.
« Si vous avez un grille-pain mais qu’il est cassé, de sorte que les deux fentes ne grillent qu’un seul côté du pain, et que vous avez trois tranches de pain que vous souhaitez griller entièrement des deux côtés, combien de fois devez-vous l’utiliser ? », a-t-il raconté, exprimant son émerveillement en découvrant la réponse.
La remise des médailles Fields a eu lieu lors de la cérémonie d’ouverture du Congrès international des mathématiciens, qui se déroule cette année dans un contexte particulier pour la discipline, de plus en plus affectée par les avancées de l’intelligence artificielle (IA). « Je pense que le monde est en train de changer et que la profession de mathématicien […] ne restera pas telle qu’elle est aujourd’hui », a reconnu jeudi Jacob Tsimerman, annonçant avoir « déjà commencé à réorienter sa carrière » vers le domaine de l’IA, où il s’apprête à travailler pour la « division dédiée à la sécurité » du créateur de ChatGPT, OpenAI.
Certains modèles d’IA ont montré ces derniers mois leur capacité à réaliser des démonstrations mathématiques de haut niveau, impressionnant plusieurs experts. Ces prouesses prometteuses comportent cependant des risques, a averti en juin un groupe de mathématiciens.
Dans un texte intitulé « Déclaration de Leiden », ces derniers ont énuméré « de graves préoccupations d’ordre éthique » mais aussi scientifique liées à cette technologie, capable de « générer des raisonnements plausibles mais peu fiables (voire erronés) » et ont appelé à la mise en place d’un cadre et de garde-fous.
