La majorité des jeunes flamands géolocalisés par leurs parents.
Sept jeunes sur dix déclarent que la principale raison pour laquelle leurs parents consultent leur localisation est l’inquiétude pour leur sécurité. Environ 20% des jeunes affirment que leurs parents consultent leur position « parce que c’est normal » ou « simplement parce qu’ils le peuvent ».

Pourquoi géolocaliser son enfant ou adolescent ?
Les jeunes estiment que les parents vérifient principalement leur localisation lorsqu’ils rentrent tard ou ne répondent pas à leurs messages. Pour 70 % d’entre eux, la raison principale est l’inquiétude pour leur sécurité.
Selon Alexandra Volckaert, docteure en neuropsychologie à l’UCLouvain, la géolocalisation n’a pas nécessairement des connotations négatives. « Cela fait partie aujourd’hui des outils qui sont mis à la disposition des parents pour être rassurés« , précise-t-elle, soulignant son rôle dans le développement de l’enfant.
Il est essentiel de trouver un équilibre, affirme Alexandra Volckaert, entre le besoin de rassurer les parents et celui des enfants. « La géolocalisation répond à l’anxiété parentale et à un besoin de sécurité que l’on ressent parfois, notamment dans un contexte où les enfants se déplacent souvent seuls dès leur plus jeune âge, prenant le bus, etc. […] Les enfants savent que si quelque chose se produit, les parents sauront où ils sont.«
Les filles (77 %) mentionnent plus souvent la sécurité comme raison que les garçons (67 %). Elles sont également plus nombreuses à affirmer que le partage de leur localisation leur procure un sentiment de sécurité (54 %, contre 46 % des garçons). Cela a été confirmé lors des discussions dans les classes du secondaire, où les filles expriment que cela les aide à se sentir en sécurité pendant leurs trajets scolaires ou lors de retours de soirées. « Je partage toujours ma localisation avec mes parents quand je vois des amis, surtout lorsqu’il fait sombre et que je dois encore rentrer chez moi à vélo« , déclare Aïsha, 16 ans.
Le suivi de localisation a également un aspect pratique. Environ 37 % des jeunes estiment que cela facilite les rendez-vous lorsqu’ils sont attendus par leurs parents.
Enfin, pour certains, cette pratique semble normale. Environ 20 % des jeunes rapportent que leurs parents vérifient leur position « parce que c’est normal » ou « simplement parce qu’ils le peuvent« .
Cadre clair et équilibré
De nombreux jeunes ne savent pas quand leurs parents vérifient leur localisation. Près de la moitié d’entre eux (50 %) estiment qu’il n’existe pas de règles claires sur le moment où leurs parents peuvent suivre leur position. Environ 46 % affirment que leurs parents regardent parfois leur localisation sans les consulter au préalable.
Afin de respecter cette dynamique, Alexandra Volckaert souligne l’importance d’établir un cadre clair et équilibré concernant le consentement numérique et la vie privée. « Il faut faire attention au cadre qui est posé entre le parent et l’enfant, car cela peut freiner l’autonomie« , avertit-elle.
Ce flou peut nuire à la confiance entre parents et enfants, selon la chercheuse. « Le parent qui vérifie toutes les 10 minutes où est son enfant crée une situation malsaine. L’ado pourrait simplement désactiver son téléphone.«
Les jeunes, cependant, ne veulent pas nécessairement connaître les modalités de surveillance de leurs parents. La majorité (61 %) trouve normal que leurs parents puissent voir leur position. Plus de la moitié (55 %) ne se sentent pas surveillés, tandis que 17 % estiment que leur localisation relève de leur vie privée et ne devrait pas être contrôlée.
L’idée n’est pas de surveiller les jeunes constamment, mais de les guider vers une autonomie sécurisée, insiste la spécialiste. « Finalement, l’usage de la géolocalisation avec un jeune enfant ne sera pas le même qu’avec un adolescent.«
Et les amis ?
La neuropsychologue souligne que de nombreux adolescents normalisent eux-mêmes la géolocalisation entre amis par le biais d’applications comme Snapchat, pour mieux se retrouver ou se sentir en sécurité.
Environ 70 % des jeunes déclarent que leurs amis vérifient leur localisation d’une façon ou d’une autre, principalement via les réseaux sociaux. Environ deux jeunes sur trois précisent que leurs amis utilisent Snap Map pour déterminer leur position.
Les raisons évoquées par les jeunes sont variées : 40 % agissent par curiosité, 40 % estiment que c’est devenu normal, et 38 % simplement parce qu’ils le peuvent.
Ils se préoccupent également de la sécurité de leurs amis, bien que dans une moindre mesure que les parents (22 %). Les filles mentionnent plus souvent cette raison (26 %) que les garçons (16 %). De même, les filles (32 %) ressentent plus fréquemment un sentiment de sécurité grâce au partage de leur localisation avec leurs amis, par rapport aux garçons (21 %).
Cependant, Alexandra Volckaert met en garde contre une vigilance insuffisante. « L’analyse du risque est primordiale chez les jeunes. Ils ne réalisent pas toujours qu’ils se placent dans des situations à risque. Être géolocalisé doit être une sécurité supplémentaire. Il est essentiel de sensibiliser les jeunes aux risques, que ce soit en se promenant seuls dans des lieux peu sûrs ou en utilisant des applications comme Snapchat de manière prudente.«
Pratique intrusive
Près de la moitié des jeunes (45 %) jugent le suivi de localisation par les amis comme normal. « Quand je retrouve des amis, le partage de notre localisation permet d’avoir une idée de l’endroit où se trouve la personne« , confie Arthur, 16 ans. « Ce n’est pas indispensable, mais c’est pratique pour se retrouver.«
Des différences entre les genres émergent ici aussi : les filles considèrent cela normal (52 %) plus souvent que les garçons (37 %), tandis que ces derniers semblent plus attachés à leur vie privée. Ils se disent plus fréquemment observés (14 % contre 9 %) et pensent davantage que leur localisation relève de la sphère privée (18 % contre 8 %).
Les accords entre amis sont également moins fréquents que ceux établis avec les parents. Sept jeunes sur dix signalent l’absence de règles claires concernant les circonstances où leurs amis peuvent suivre leur localisation.
Moins d’un jeune sur dix affirme que ses amis lui demandent systématiquement la permission avant de vérifier sa position. Toutefois, près de sept jeunes sur dix ne cherchent pas à savoir comment et quand leurs amis surveillent leur localisation, et un peu plus d’un jeune sur dix se sent observé pour cette raison.
« Quand la géolocalisation devient intrusive, ça devient problématique« , considère Alexandra Volckaert. Le principal enjeu réside ainsi dans l’équilibre entre sécurité, respect de la vie privée et développement de l’autonomie, conclut la neuropsychologue.

