La dégradation de la note financière belge par Moody’s attendue.
L’agence de notation financière américaine Moody’s dégrade la note de la Belgique de Aa3 à A1, ce qui signifie que notre pays perd un « A » et change de catégorie pour passer d’une note de haute qualité à une note intermédiaire. Selon Moody’s, « la décision de dégrader la note de la Belgique à A1 reflète notre conviction que le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour stabiliser le poids de la dette ».
La nouvelle était attendue. Le verdict est tombé vendredi soir. L’agence de notation financière américaine Moody’s a dégradé la note de la Belgique de Aa3 à A1. Notre pays perd un « A » et change de catégorie, passant d’une note de haute qualité à une note intermédiaire, ainsi que le risque de crédit, qui passe de « très bas » à « bas ». Toutefois, la perspective de la note belge reste stable, ce qui signifie qu’elle ne devrait pas diminuer à court terme.
« Après la dégradation de la notation par Fitch l’an dernier, la décision de Moody’s n’est malheureusement pas une surprise, commente le cabinet du Premier ministre, Bart De Wever (N-VA). Elle souligne une nouvelle fois que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour rétablir la confiance des marchés internationaux dans la santé financière de notre pays. Il s’agit d’une question de sens des responsabilités d’y travailler en profondeur dans les mois à venir. »
Bien que l’annonce ne soit pas une surprise pour le 16 rue de la Loi, elle constitue une relative mauvaise nouvelle pour les finances belges.
Moody’s avance différentes raisons pour justifier sa décision : les perspectives budgétaires, les perspectives de croissance et le cadre institutionnel belge.
D’abord, l’agence souligne un déficit important (environ 5% du PIB belge) et une dette qui continue de se creuser : « nous prévoyons que la dette passera de 104% du PIB en 2024 à 116% d’ici 2030. »
« La décision reflète notre conviction que le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour stabiliser le poids de la dette. »
Selon l’agence américaine, « la décision de dégrader la note de la Belgique à A1 reflète notre conviction que le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour stabiliser le poids de la dette. » Elle évoque des efforts prévus en 2025, mais estime qu’ils sont insuffisants pour « compenser les pressions budgétaires négatives résultant de la hausse des charges d’intérêts, des dépenses supplémentaires en matière de défense, des pressions persistantes liées au vieillissement démographique et de la baisse des recettes. »
À la hausse des dépenses s’ajoute une perspective de croissance « modeste » qui pourrait encore être détériorée, car selon Moody’s, la Belgique « est vulnérable à un nouveau choc des prix de l’énergie si le conflit au Moyen-Orient persiste et se répercute sur les prix du gaz naturel et de l’électricité, en raison de la forte dépendance de la Belgique à l’égard des importations d’énergie et du recours généralisé à l’indexation des salaires dans l’économie. »
L’agence de notation financière remet également en question les capacités politiques du gouvernement fédéral et institutionnelles de la Belgique pour faire face au défi budgétaire. « Ces contraintes politiques sont aggravées par les faiblesses de longue date de la Belgique en matière de coordination budgétaire entre les différents niveaux de gouvernement. »
Pour Bernard Keppenne, économiste en chef pour la banque CBC, le signal envoyé par Moody’s est interpellant : « L’élément qui est pointé de façon très claire et très nette, c’est cette paralysie politique dans laquelle la Belgique évolue depuis des années. La situation actuelle est inacceptable au niveau du contexte économique dans lequel on est. »
Les notations financières sont notamment décernées par trois grandes agences : Moody’s, Standard and Poor’s, Fitch Ratings. Ces notes indiquent le degré de solvabilité financière d’un État.
« Les agences de notation sont un peu le Testachats des investisseurs. Si vous voulez acheter un grille-pain, Testachats va vous détailler la garantie, la solidité, etc. Les agences de notation, elles vont analyser une série de caractéristiques du pays : sa stabilité politique, le côté dynamique de son économie, le côté sain de ses finances publiques, » explique Magali Verdonck, économiste à l’ULB.
« Ça s’adresse à tout qui veut placer son argent dans des produits financiers, aux investisseurs, » ajoute Magali Verdonck. « Ça peut être des fonds d’investissement, des fonds de pension qui ont collecté de l’épargne de futurs retraités. Ils vont décider s’ils vont investir dans des pays pas du tout risqués ou s’ils acceptent un tout petit peu de risque. Même si le risque est extrêmement réduit. »
Ces indications restent importantes car les États, y compris la Belgique, ont besoin d’être financés. « Soit ils font appel à l’épargne en Belgique. On émet alors les fameux bons d’État dont on a beaucoup parlé ces dernières années, soit ils font appel aux investisseurs internationaux. C’est ce qu’on appelle des obligations linéaires de l’État belge, qui sont émises sur des périodes de court terme à long terme. » Ces obligations peuvent être souscrites par des banques (belges, européennes ou internationales), des fonds de pension ou des compagnies d’assurances.
Concernant la note belge dégradée, « Moody’s dit que la probabilité qu’il y ait éventuellement, dans un cas extrême, des problèmes pour rembourser la dette a légèrement augmenté, » résume Jean Deboutte, directeur de l’Agence Fédérale de la Dette. « Avec la classe dans laquelle nous nous trouvons maintenant, on parle d’une probabilité de 0,25 % contre 0,10 ou 0,15 % avant. Et donc, dans 99,75 % des cas, il n’y aura aucun problème pour la Belgique pour tenir ses engagements. »
La dégradation de la note belge constitue donc une mauvaise nouvelle pour le gouvernement fédéral. « D’abord, on est passé en seconde division, si on veut prendre une métaphore footballistique, » explique Bernard Keppenne, économiste chez CBC. « Avec un rating de A1, on est dans une catégorie comme la Pologne ou la Lituanie. Symboliquement, c’est quand même un signal assez fort et assez négatif. »
Sa consœur de l’ULB nuance quelque peu. « A1 reste une très bonne note, » ajoute Magali Verdonck. « La Belgique reste un bon placement, mais comparativement à d’autres pays, comme l’Allemagne, cela est devenu un peu moins bien. »
Autre raison de tempérer ce coup dur pour le gouvernement De Wever : les investisseurs et les marchés avaient déjà une certaine connaissance de la situation de la Belgique et avaient même parfois anticipé l’annonce. « Il ne faut pas chercher bien loin pour connaître l’état des finances publiques belges, pour connaître la stabilité de son gouvernement. C’est une sorte d’officialisation de choses qui sont connues. »
En revanche, il existe une véritable conséquence négative de la dégradation de la note belge. « On va devoir payer un taux d’intérêt légèrement plus élevé à cause de cette dégradation, » déplore Jean Deboutte, le patron de l’Agence fédérale de la dette. « On peut comparer les taux des différents pays de la zone euro. Actuellement, la différence entre l’Allemagne et la Belgique est d’un demi-pourcent. La dégradation qu’on vient de vivre pourrait augmenter cette différence. »
En résumé, les investisseurs ne vont pas cesser de financer la dette belge, mais, comme le risque de non-remboursement est jugé légèrement plus élevé, les taux d’intérêt demandés par les investisseurs seront aussi un peu plus élevés. « Et ce taux d’intérêt plus élevé, c’est vous et moi qui allons le payer, » ajoute Jean Deboutte.
Ce coût plus important pour les finances publiques peut aussi avoir des conséquences en cascade sur les politiques menées par le gouvernement. « Il faut directement réfléchir à comment on va financer ces nouvelles dépenses, » prévient Magali Verdonck. « Plus il y a de mauvaises nouvelles d’un côté pour les taux d’intérêt, moins on peut faire des gestes positifs de l’autre. On pourrait se dire que ça ne sert à rien demain de reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre. Par exemple, une aide pour le prix à la pompe qu’on va devoir financer après par des taxes ou des moindres dépenses sociales. »
Suite à la dégradation de la note de l’État fédéral belge, les notes de ses entités fédérées pourraient également être revues à la baisse à court ou moyen termes.
Du côté wallon, l’annonce doit être réalisée ce lundi. On peut s’attendre à une dégradation mécanique de la note wallonne suite à la diminution de la note fédérale. De A3, la Région pourrait alors passer dans la catégorie B. Cela constituerait une très mauvaise nouvelle pour ses finances, car les conséquences sur les taux d’intérêt seront les mêmes que pour le fédéral.
« Mais c’est surtout pour Bruxelles qu’il y a un risque. Son endettement par rapport à ses recettes est plus élevé. Et donc, une petite hausse de taux d’intérêt suite à une baisse des notations aurait des conséquences plus importantes en termes relatifs, » conclut Magali Verdonck.

