La défense de Paolo Falzone : ‘Avez-vous la conviction qu’il a voulu tuer ?’
L’avocat de Paolo Falzone a souligné que le doute persiste sur l’intention homicide, malgré les arguments des parties civiles, en affirmant : « Si vous avez des certitudes, tant mieux ». Il a également insisté sur le fait que les condamnations répétées de son client en matière de roulage ne prouvent pas l’intention de tuer, en déclarant : « Ce n’est pas parce que j’agis 10 fois de la même manière que la 11ème fois j’ai l’intention de tuer ».
L’avocat de Paolo Falzone entame ses répliques en soulignant que les parties civiles ont submergé les jurés avec des arguments, mais que le doute demeure quant à l’intention homicide. « Si vous avez des certitudes, tant mieux », lance-t-il aux jurés, mais il questionne : « Que reste-t-il d’objectif ? Que reste-t-il quand on a éliminé les déclarations des témoins qui, bien que sincères, sont en opposition avec celles d’autres témoins ? »
Maître Discepoli et Maître Guttadauria, en charge de la défense des accusés, montrent une détermination farouche, se battant comme des lions seuls dans l’arène face aux avocats des parties civiles. Leur objectif reste inchangé depuis le début : éviter la reconnaissance de l’intention homicide. « Il n’y a qu’une seule question », interpelle Frank Discepoli : « Avez-vous la conviction qu’il a voulu tuer ? » Il se radoucit en formulant : « Voilà. C’est la question. C’est la seule et unique question. Pas besoin de réfléchir pendant 50 000 heures. »
Il en profite pour donner une brève leçon de vocabulaire aux jurés : « Le meurtre, c’est l’homicide avec intention de donner la mort. C’est du français. »
L’avocat revient ensuite sur un arrêt de la Cour de cassation souvent cité par les avocats de la partie adverse, stipulant que mettre en œuvre des moyens pour provoquer la mort suffit à établir l’intention homicide (Arrêt de la Cour de cassation du 6 novembre 2019). « Mais on ne vous parle jamais de ce que racontait cette histoire à la base », souligne l’avocat, précisant que cet arrêt ne concerne pas un dossier de roulage, mais un cas où « un homme avait une arme à feu. » Pour lui, il est clair que ce dossier ne peut pas être comparé à celui qui est actuellement examiné. Il réfute également que la voiture puisse être considérée comme une arme.
Concernant l’intention, il insiste : « La mort est un élément constitutif du meurtre en tant que but de l’acte ; pour cela, je dois avoir agi avec un but, qui est celui de tuer. » Il ajoute : « J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui comprends ça. » Pour l’avocat, les multiples condamnations de Paolo Falzone pour des affaires de roulage ne prouvent pas qu’il avait l’intention de tuer. « Ce n’est pas parce que j’agis dix fois de la même manière que la onzième fois j’ai l’intention de tuer », affirme la défense.
Ce mardi matin, alors que les avocats des parties civiles soutiennent que le fait que le conducteur ait freiné, même un peu, prouve son intention homicide, l’avocat de la défense fait valoir le contraire : « Si son objectif était de foncer dans la foule, pourquoi a-t-il freiné ? » Au cours des débats, un expert automobile a minutieusement décortiqué les données de la voiture, affirmant que Paolo Falzone n’a pas appuyé sur le frein comme il l’a prétendu. Pourtant, l’avocat de la défense oppose que cela n’a pas d’importance et déclare : « Je m’en fiche de savoir si c’était un peu ou pas beaucoup. Il y a eu, à un moment donné, un freinage d’urgence. »
Sur la question du freinage, l’avocat cite l’expert : « Son pied aurait-il dérapé du frein ? C’est une possibilité. » Il conteste cependant la fiabilité des témoignages, soulignant que « quinze témoins ont vu accélérer » en une seconde 33. Il remet en question la véracité de ces déclarations en ajoutant que l’expert lui-même ne peut pas affirmer si le conducteur a accéléré. Il indique que cet expert n’exclut pas non plus que « relâcher le frein puisse être un réflexe » en situation de danger.
Concernant le cas D’Andrea, la défense soutient que Paolo Falzone n’a pas vu le « gille » qui se trouvait sur son capot. « Je me réfère à ce que les enquêteurs ont établi : le champ de vision du conducteur n’est pas possible étant donné que le pare-brise est complètement détruit par les heurts avec les piétons », affirme Frank Discepoli. Il rappelle aux jurés que le doute doit profiter à l’accusé : « Entre deux versions, celle où on dit ‘il a vu’ et celle où on dit ‘il ne pouvait pas voir’, vous devez, selon la loi, prendre celle qui est la plus favorable pour l’accusé. » Il conclut, « si vous avez un doute, je vous demande de faire honneur à votre serment et de répondre ‘non’ à cette question. »
Enfin, sur la préméditation, il rejette l’argument soutenant que Paolo Falzone a eu 22 secondes pour réfléchir à ce qu’il allait faire. « On suppose », explique l’avocat, « que Monsieur Falzone, après ce drame incommensurable, a toute sa tête et réfléchit froidement. Parce que c’est ça la préméditation ! » Il questionne d’ailleurs : « S’il le voit, pourquoi ne pas le faire tomber tout de suite ? Pourquoi attendre 22 secondes ? »
L’avocat conclut, réaffirmant sa position depuis le début du procès : « Je n’ai jamais dit qu’il s’agissait d’un banal accident. J’ai dit que c’était un acte criminel et qu’il devait être puni pour ça », sous-entendu, puni pour homicide involontaire. Il interpelle finalement chaque juré pour qu’ils se posent une dernière question : « Avait-il comme but de tuer ? Y a-t-il une autre possibilité que celle de vouloir tuer ? »
Ce mercredi, les accusés auront une dernière occasion de s’exprimer avant que le jury commence ses délibérations sur leur sort. Ils doivent répondre à plus de 300 questions concernant leur culpabilité.

