Belgique

La Belgique ignore ses feux de forêt et leurs causes : manque d’enquêtes, peu de chiffres, pas d’auteur.

Selon une étude de l’université de Gand (UGent), la Belgique a enregistré 234 incendies de végétation depuis le début de l’année, un chiffre alarmant qui témoigne d’une tendance à la hausse. En effet, le nombre d’incendies en 2026 est plus du double de celui de l’année précédente et près de quatre fois supérieur à la moyenne historique.

La répartition géographique des feux révèle également des changements notables. En 2026, 57 % des incendies ont eu lieu en Flandre, tandis que 43 % ont touché la Wallonie. Historiquement, environ 80 % des feux se produisent en Flandre, laissant seulement 20 % pour la Wallonie. Pour établir ces statistiques, l’université de Gand a analysé des articles de presse sur les incendies depuis 1830, tout en intégrant des données issues des appels au 112.

Cependant, les chiffres de l’université semblent diverger de ceux rapportés par les pompiers de la zone de Luxembourg, qui ont déjà enregistré 329 interventions pour des feux en milieu naturel. Stéphane Thiry, commandant de cette zone de secours, déclare : « c’est la démonstration qu’aujourd’hui en Belgique, on n’a aucun chiffre, aucune statistique réelle ».

La question des causes des incendies est particulièrement complexe. Le Service Public de Wallonie (SPW) indique qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur les causes des incendies de forêt, mais souligne que 90 % des feux de sites naturels sont dus à l’imprudence humaine, comme des mégots de cigarette ou des barbecues mal éteints. Jan Baetens, professeur à l’université de Gand, estime que ce chiffre pourrait même atteindre 95 % en Europe, bien que la plupart des incendies ne fassent pas l’objet d’une enquête judiciaire.

Le manque de données claires sur les incendies volontaires et involontaires en Belgique soulève des préoccupations. Jan Baetens souligne la nécessité d’investigations plus approfondies pour déterminer les causes des incendies, surtout dans un contexte où leur fréquence augmente. Selon Stéphane Thiry, jusqu’à présent, il n’y avait pas d’intérêt à compiler ces données, car la Belgique n’était pas souvent confrontée à de grands incendies.

Ce manque d’enquête mène à une forme d’impunité, comme le souligne Thiry, qui compare la situation à celle des bâtiments, où des procédures claires existent. Pour remédier à cela, il a lancé un projet pilote inspiré du modèle français, où une cellule pluridisciplinaire, la RCCI, se consacre à l’identification des causes des incendies de forêt.

Concernant les conséquences pour les auteurs d’incendies, le Code pénal belge prévoit des peines sévères. Simon Hoyos, avocat au barreau de Namur, indique que les peines peuvent aller de dix à trente ans de réclusion, en fonction des circonstances, telles que la volonté d’allumer le feu ou les dégâts causés. Si des dommages matériels ou des pertes humaines sont engendrés, cela constitue des circonstances aggravantes, augmentant ainsi la sévérité des peines.