Belgique

La Belgique a-t-elle vraiment trop de réseaux scolaires concurrents ?

La question de l’enseignement en Belgique, marquée par une structure complexe, soulève des interrogations sur l’efficacité et la pertinence des différents réseaux scolaires. En effet, la Constitution de 1831, dans son article 24, garantit la liberté d’enseignement et le choix des parents, entraînant une répartition des ressources éducatives qui s’avère particulièrement coûteuse. Plus de 70 % du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles est ainsi consacré à l’éducation, ce qui témoigne de l’importance accordée à ce secteur.

Cette liberté d’enseignement a conduit à la prolifération des pouvoirs organisateurs (PO), engendrant une diversité d’établissements : communes, provinces, associations et congrégations religieuses. Cette multiplicité se retrouve dans les deux grands segments de l’enseignement : l’enseignement officiel et l’enseignement libre, chacun subdivisé en plusieurs réseaux. Dans l’enseignement officiel, on distingue trois réseaux principaux : Wallonie-Bruxelles Enseignement, le CPEONS pour les écoles secondaires communales et provinciales, et le CECP pour les écoles maternelles et primaires.

À cela s’ajoutent deux réseaux dans l’enseignement libre subventionné : le SEGEC, qui regroupe les écoles catholiques, et la FELSI, qui représente les établissements non confessionnels. Cette organisation complexe engendre souvent des situations où deux établissements, situés à proximité, peuvent se faire concurrence sans aucune collaboration, car ils relèvent de PO différents.

Un exemple illustratif de cette situation se trouve à Woluwe-Saint-Pierre, où le Centre Scolaire Eddy Merckx, dépendant du CPEONS, et l’Athénée Royal Crommelynck, sous l’égide de Wallonie-Bruxelles Enseignement, se disputent les mêmes élèves. Malgré des offres éducatives distinctes, la proximité géographique complique davantage la situation. Les différences de statut entre les enseignants selon leur PO ajoutent une couche de complexité, rendant toute fusion délicate.

La récente fusion entre ces deux établissements, bien que perçue comme une solution logique, a nécessité plus d’un an de discussions. Les enjeux pédagogiques et les implications pour le personnel enseignant ont été au cœur des négociations. Comme l’explique Marc Demeuse, professeur à l’Université de Mons, les PO ont des règles distinctes qui influencent le statut des enseignants lors d’un transfert d’un établissement à un autre.

Malgré les obstacles, la fusion a été réalisée avec succès, permettant à de nombreux enseignants de l’école Eddy Merckx de rejoindre l’Athénée Crommelynck, tout en préservant leur ancienneté. Xavier Bogaerts, le directeur de l’Athénée, souligne que cette intégration n’est pas motivée par des considérations financières, mais par une volonté d’améliorer l’offre éducative.

Cependant, la rareté des fusions entre réseaux différents soulève des questions sur la possibilité de créer des synergies au sein de l’enseignement officiel. Les acteurs du secteur plaident pour une approche collaborative, visant à établir un statut unique pour l’enseignement officiel afin de faciliter la mobilité des enseignants et d’optimiser les ressources. André Grenier, administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement, admet qu’une discussion sur la rationalisation des moyens est nécessaire, mais reste prudent quant à l’idée d’un réseau unique.

En conclusion, bien que des initiatives de fusion existent, la complexité des structures scolaires belges et les différences de statut entre les PO rendent difficile une réforme significative. Les perspectives d’une intégration plus large entre l’enseignement officiel et libre semblent encore lointaines, nécessitant des changements profonds et une volonté politique affirmée.