
Israël : Benjamin Netanyahu face aux divisions de la droite avant les élections dans moins de deux mois
À quelques jours de la fermeture des listes électorales en Israël, le climat politique s’intensifie à l’approche des élections législatives prévues pour le 27 octobre. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, âgé de 76 ans, fait face à une inquiétude grandissante alors que les sondages révèlent un déclin significatif de son parti, le Likoud. Dans ce contexte, l’émergence d’un nouveau parti dirigé par un ancien général controversé, Ofer Winter, pourrait bouleverser l’échiquier politique.
Ofer Winter a récemment annoncé la création de son parti Amcha Israel, qui s’inscrit dans la mouvance du sionisme religieux. Ancien général, Winter a quitté l’armée en 2024 après une carrière marquée par des controverses, notamment ses déclarations sur la guerre de Gaza en 2014, qu’il avait qualifiée de guerre religieuse.
Cette nouvelle formation politique vient se heurter aux partis d’extrême droite déjà en place, tels que ceux d’Itamar Ben-Gvir et de Bezalel Smotrich, membres de la coalition actuelle. La concurrence entre ces groupes pourrait les empêcher tous de franchir le seuil électoral de 3,25 %.
Denis Charbit, professeur de science politique à l’Open University of Israël, note que cette fragmentation à droite engendre une certaine panique chez Netanyahu. Il souligne que, malgré le soutien potentiel de nombreux électeurs, il est peu probable que tous ces partis atteignent le seuil requis, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le Premier ministre.
Face à cette situation, Netanyahu a multiplié les appels à l’union entre les partis de droite. Dans une vidéo, il a rappelé que les campagnes menées ensemble avaient toujours abouti à des victoires, tandis que les divisions avaient conduit à des défaites, citant l’échec de 1992 qui avait permis à la gauche de prendre le pouvoir. Il évoque ainsi le « désastre d’Oslo », lié à l’accord entre Israël et l’OLP.
Cependant, les réponses des leaders d’extrême droite, notamment Ben-Gvir, qui a déclaré vouloir agir de manière indépendante, restent silencieuses. Cette fragmentation pourrait s’avérer fatale pour les partis en question, alors que les sondages prévoient une absence de coalition viable pour le gouvernement sortant.
L’arrivée du parti d’Ofer Winter représente une menace particulière pour Bezalel Smotrich, le ministre des Finances, dont les sondages indiquent qu’il pourrait ne pas obtenir de sièges. Winter, quant à lui, pourrait obtenir environ cinq sièges.
Denis Charbit évoque une fascination en Israël pour de nouvelles figures politiques, tout en soulignant les maladresses de Smotrich sur la question de la conscription des religieux orthodoxes. Winter attire ainsi ceux qui jugent inacceptable que certains religieux soient exemptés du service militaire.
Malgré les divergences, les partis d’extrême droite partagent une vision politique similaire, prônant des solutions radicales au conflit israélo-arabe, y compris des propositions de colonisation et d’expulsion de la population palestinienne de Gaza, une idée considérée comme un nettoyage ethnique.
Les sondages suggèrent que le Likoud pourrait perdre jusqu’à un tiers de ses électeurs, ce qui pourrait aboutir à une droite affaiblie et une extrême droite renforcée. Actuellement, la coalition au pouvoir, qui détient 64 des 120 sièges de la Knesset, pourrait perdre sa majorité.
Du côté de l’opposition, une dynamique d’union se dessine, regroupant des partis arabes, de gauche et du centre. Cette coalition, bien que variée, semble assurée de dépasser le seuil d’éligibilité, contrairement aux partis de droite fragmentés.
Cette opposition, qui va de la droite populiste à une gauche en quête de survie, est portée par des figures connues et pourrait rassembler un nombre significatif de députés. Les sondages prévoient environ dix sièges pour la gauche, qui avait été réduite à quatre lors des précédentes élections.
Denis Charbit souligne que l’enjeu est crucial pour l’avenir de cette gauche, qui cherche à se rétablir après un déclin. Les partis d’opposition sont unis par le désir de contrecarrer la montée de l’extrême droite et de son discours ultranationaliste.
Cependant, la coalition d’opposition pourrait se révéler fragile, similaire à celle qui avait dirigé le pays entre 2021 et 2022. Pour obtenir une majorité solide, elle pourrait avoir besoin du soutien d’un parti arabe israélien, ce qui soulève des inquiétudes quant à la stabilité gouvernementale, un problème persistant en Israël.
