Belgique

« Isoler sa maison : nécessité souvent sous-estimée face à la chaleur »

Pendant des décennies, isoler un bâtiment voulait surtout dire isoler un bâtiment contre le froid : garder la chaleur à l’intérieur en hiver et limiter les pertes énergétiques. Manu Simon, architecte chez l’atelier d’architecture « Kanopée », estime qu’isoler une toiture avec des matériaux naturels [cellulose, laines de bois, liège…, ndlr], c’est un surcoût de 10 à 15% maximum.

Pendant des décennies, l’isolation d’un bâtiment était principalement axée sur la protection contre le froid : conserver la chaleur à l’intérieur en hiver et minimiser les pertes énergétiques.

Cependant, le changement climatique et les récentes vagues de chaleur imposent désormais d’intégrer la notion d’isolation contre la chaleur. Ce n’est pas encore le cas pour tout le monde : « Les budgets des ménages sont plutôt consacrés aux finitions, à l’intérieur et au confort, beaucoup moins à l’enveloppe du bâtiment« , explique Manu Simon, architecte au sein de l’atelier d’architecture « Kanopée ». « Les gens sont plus sensibilisés à l’isolation au froid. L’enveloppe doit certes être isolée contre le froid, mais doit aussi être pensée pour les surchauffes, car quand la chaleur entre, il est difficile de s’en débarrasser« .

Le secret d’une isolation efficace contre la chaleur réside dans le déphasage thermique, soit la capacité des matériaux (pas seulement les isolants) qui composent l’enveloppe du logement à ralentir l’entrée de la chaleur. Plus ce délai est long, mieux c’est. Cela implique que la chaleur intense de l’après-midi n’atteindra l’intérieur de la maison qu’en pleine nuit, moment où l’air est plus frais et propice à l’aération. « Une maison bien pensée peut supporter toute la chaleur de la journée sans trop de problèmes« , affirme Manu Simon.

Quels endroits faut-il isoler ?

Il est conseillé de commencer par isoler la toiture, qui est responsable de jusqu’à 30 % des échanges thermiques en raison de son exposition constante aux rayons du soleil. « C’est relativement facile pour une maison classique« , précise Manu Simon. Une isolation thermique par l’extérieur (ITE) peut également s’avérer efficace pour limiter la chaleur absorbée par des murs fortement ensoleillés, notamment ceux orientés au sud et à l’ouest, tout comme l’isolation des sols ou l’investissement dans du double ou triple vitrage pour les fenêtres : « La règle pour un bâtiment bien isolé est d’éviter que les rayons du soleil pénètrent à travers la vitre. Si c’est le cas, la situation devient très compliquée« , ajoute-t-il. Il faut savoir qu’un rayonnement solaire en contact direct avec une vitre non protégée, même avec du double ou triple vitrage, peut apporter jusqu’à 500 W/m².

Il est crucial de ne pas aérer la maison lorsque la température extérieure est plus élevée qu’à l’intérieur. Il est aussi conseillé de limiter autant que possible les apports internes, comme les fours, sèche-linge ou ordinateurs. « Si l’on applique ces mesures, il est même possible de se passer d’air conditionné« , assure Manu Simon. « Sauf en cas de canicule prolongée« .

Une maison bien pensée peut encaisser toute la journée de la chaleur sans trop de problèmes.

Manu Simon, Architecte

Ces travaux d’isolation ont un coût, qui pourra néanmoins être compensé sur le long terme : « Isoler une toiture avec des matériaux naturels [cellulose, laines de bois, liège…, ndlr], représente un surcoût de 10 à 15 % maximum« , estime l’architecte. « Pour les façades, cela peut rapidement atteindre de 250 à 350 € au mètre carré, selon la finition et le système constructif. Des solutions existent, mais elles sont exigeantes, même si le prix des matériaux naturels a clairement diminué« , explique Manu Simon, en soulignant l’importance de ne pas être surpris par le montant final et d’intégrer dès le départ ces coûts d’isolation thermique « qui ne sont pas énormes mais pourtant très importants […] Mais si l’on vit dans des combles ou une habitation très mal isolée, les chances sont minimes« .

À quoi ressembleront les maisons du futur ?

À l’avenir, il est probable que les maisons diffèrent de celles que nous connaissons actuellement. Elles comporteront notamment moins de grandes baies vitrées : « De nos jours, les gens souhaitent, à juste titre, bénéficier des plus grandes ouvertures sur l’extérieur, que ce soit sur un jardin ou un paysage agréable, mais avec de grandes ouvertures orientées au sud, il est impératif de prévoir des protections contre la chaleur« , explique Manu Simon.

C’est la conception de la maison du futur qui va changer.

Manu Simon, Architecte

Selon l’architecte, deux scénarios sont envisageables pour la « maison du futur ». Le premier est celui d’une maison autonome et technologique : « C’est une maison qui sera automatisée, capable d’ajuster les volets en fonction de la température et de l’ensoleillement extérieur. Elle sera intégrée à tous les éléments déjà mis en place au niveau de l’enveloppe du bâtiment« .

« La deuxième option consiste à ce que les propriétaires adapètent eux-mêmes leur maison, en prenant conscience des conséquences de leurs actions. En fin de compte, je ne pense pas que la maison changera radicalement. C’est plutôt sa conception qui va évoluer. Tout cela se jouera probablement dans les détails, avec des éléments que M. et Mme Toutlemonde ne remarqueront pas immédiatement« , conclut-il.