Belgique

Incendies en Gironde : des bénévoles face à un océan de besoins

Frêle et élégante, Clémentine, âgée de 90 ans, vient de poser un beau gâteau sur une table où s’accumulent des victuailles destinées aux agriculteurs qui viennent prêter main-forte aux pompiers.

Installés en bordure du lac de Lacanau, ces derniers pourraient être pris pour des campeurs s’il n’y avait pas, à proximité, un grand camion-citerne et un tracteur.

Depuis plusieurs jours, un ballet de voitures et de 4X4 effectue des allers-retours, remplissant jerricans et citernes dans le grand lac entouré de forêts de pins, qu’ils transportent ensuite au front, au plus près du feu qui a déjà dévoré 42.000 hectares en Gironde, afin d’éviter aux pompiers de perdre un temps précieux.

William Saldarkhan, agriculteur girondin de 38 ans, est arrivé samedi de Villenave d’Ornon et a aidé toute la nuit. Le service, très organisé, est assuré presque 24 heures sur 24. Il y a ceux qui pompent l’eau et ceux qui la distribuent aux particuliers arrivant en voiture, chargés de convoyer l’eau du lac pour remplir les grandes cuves utilisées par les pompiers, explique-t-il.

« Il faut aider tous ceux qu’on peut aider pour sauver les habitants, sauver nos bois, nos villages et nos villes. C’est une petite aide dans cet océan de besoins qu’on a », commente un autre bénévole, Yannick Poulet, fonctionnaire territorial de 59 ans. « C’est du bénévolat au sens pur, il n’y a plus de métiers. »

Un soutien « important »

À quelques encablures, une trentaine de pompiers venus du département des Deux-Sèvres prennent une pause fraîcheur en bordure de lac, où viennent régulièrement se ravitailler des Canadair.

« Pour prendre une bouffée d’air », après une autre longue nuit, explique leur chef de groupe, le lieutenant Nicolas Bouvet. Ce dernier n’a dormi que quatre heures depuis vendredi soir et avoue n’avoir jamais eu à combattre un incendie d’une telle ampleur, bien qu’il ait déjà connu des situations très virulentes. « On est très bien accueillis, les gens nous soutiennent, et c’est important », souffle-t-il.

Sur la route menant à Lacanau, en principe fermée au public, Thomas Laurent, 25 ans, aide des agriculteurs à charger une autre citerne, alors que le feu vient de sauter d’un côté à l’autre de la route, vers l’ouest. Ils tentent d’éteindre de nouveaux départs de feu que les pompiers n’ont pas le temps de traiter.

Cet entrepreneur dans le BTP est à l’œuvre depuis 6 heures du matin après trois heures de sommeil, mais s’excuse presque d’arriver « tard ». « Si ça se passait chez nous, on voudrait bien qu’on fasse pareil que nous », confie-t-il.

À quelques kilomètres de là, dans la salle des fêtes de Lacanau, d’autres bénévoles accueillent les « réfugiés du feu », évacués de leur commune, qui affluent depuis mercredi. Certains distribuent des pizzas gratuites, d’autres offrent des massages aux pompiers épuisés.

Les Néerlandais Rob Steendyk et Cor van Doijer, âgés de 71 et 75 ans, contraints d’évacuer leur camping au Porge, à 25 km au sud de Lacanau, se sentent « bien accueillis », même si l’attente pour récupérer leur caravane et leurs deux vélos se fait longue. « Tout le monde est très gentil », dit Rob, en regrettant simplement la longue queue pour les toilettes.

« Il y a des dizaines, sans doute des centaines de personnes qui se sont manifestées pour être volontaires », salue Cyril Charpentier Réglat, conseiller municipal d’opposition à Lacanau. « Même la dame, là-bas, vous la voyez, elle a perdu sa maison au Porge et elle est venue prêter main-forte. »

« Il n’y a plus d’opposition ni de majorité, la politique s’arrête. On est là au service des gens, tous solidaires entre nous. »