Belgique

Incendie dans les Hautes-Fagnes : le capitaine Olivier Giust souligne l’inefficacité des moyens aériens

La pluie tombée ce lundi dans les Hautes-Fagnes marque un tournant dans la lutte contre l’incendie qui ravage la région. Cette précipitation apporte non seulement de l’eau directement sur le foyer, mais augmente également l’humidité ambiante, ralentissant ainsi la propagation des flammes. Olivier Giust, capitaine des pompiers, souligne : « Avec la pluie, nous avons déjà plus d’eau qui va tomber sur ce foyer et avoir tendance à nous aider dans nos actions. » Cette hausse de l’humidité contribue également à diminuer le risque de reprises à distance.

Bien que la situation soit « un peu plus sous contrôle », comme l’indique Giust, certaines zones demeurent inaccessibles, rendant nécessaire l’intervention des moyens aériens dans les secteurs les plus critiques. Cependant, ces dispositifs aériens ne suffisent pas à éteindre le feu. « Les moyens aériens n’éteignent pas un feu. Ils vont pouvoir servir à limiter sa propagation, à limiter son extension, à diminuer son intensité, mais dans tous les cas, il faudra quand même remettre des troupes au sol », précise-t-il.

Au plus fort de l’intervention, entre 400 et 500 membres des zones de secours, ainsi que des collègues de la Protection civile et des forces de police, ont été mobilisés. Des pompiers venus de toute la Belgique et de pays voisins ont également répondu à l’appel. Giust se réjouit de la mise en œuvre du mécanisme d’aide européenne, mais il insiste sur le fait que la présence des moyens aériens ne change pas une réalité essentielle : « Donc dans tous les cas, en fait, on aurait même plus d’avions, il faudrait quand même avoir autant d’hommes au sol et le travail serait quasiment toujours aussi difficile pour eux. »

La lutte contre l’incendie repose sur une complémentarité entre les interventions aériennes et terrestres. « Les moyens aériens peuvent apporter une force de frappe assez importante et puis alors ça doit être complété par des troupes au sol », explique Giust. Cette coordination est d’autant plus complexe que les équipes de renfort doivent s’adapter à un environnement qu’elles ne connaissent pas nécessairement. « Il faut qu’on puisse tenir compte des particularités, l’expliquer via des cartes, de manière à pouvoir comprendre un petit peu la particularité de ce terrain, à pouvoir intervenir efficacement », ajoute-t-il.

Le terrain difficile des Hautes-Fagnes constitue un véritable défi pour les pompiers. Les accès sont limités et certains chemins ne permettent pas une progression aisée des véhicules de secours. « On n’a pas d’accès, ou en tout cas très peu d’accès, avec parfois des chemins qui ne sont pas suffisamment bien carrossés, pas en bon état », indique Giust. La végétation, notamment les molinies, complique encore davantage la progression des équipes, augmentant les risques de chutes et de blessures. « Donc ce sont toujours des difficultés de progression, des risques de chute et au final de blessure », avertit-il.

La présence de tourbe dans la région rend également l’incendie particulièrement difficile à maîtriser. Le feu peut s’y infiltrer et continuer à progresser sous la surface sans être immédiatement visible. « Le feu peut rentrer dans la tourbe avec le risque qu’on ne le voit plus en surface, mais il continue à progresser et il peut ressortir beaucoup plus loin plusieurs jours après », explique Giust. Ainsi, même lorsque les flammes semblent éteintes, le danger peut persister sous terre.

Les pompiers devront donc rester mobilisés pendant plusieurs jours pour surveiller et traiter les reprises potentielles. « C’est un travail de longue haleine qui va être nécessaire pour assurer le noyage de toutes ces parties-là pour éviter les reprises », précise Giust. Les équipes devront rester en alerte, même si la météo plus favorable devrait faciliter leur tâche. « On va devoir rester en surveillance et pouvoir aller traiter toutes les petites reprises de feu qui pourraient survenir », conclut-il.

Un autre point soulevé est l’absence de drapeau rouge au moment où l’incendie s’est déclaré. Bien que cela ait permis aux promeneurs de continuer à fréquenter la région, Giust reste prudent : « 90% ou 95% des feux sont d’origine humaine. Si vous voulez supprimer le feu, il faut supprimer l’humain dans l’histoire et ça c’est quasiment impossible. » Il rappelle également que l’origine de l’incendie n’est pas encore déterminée, rendant difficile l’évaluation de l’impact d’une éventuelle interdiction de promenade.

La protection des habitations est devenue une priorité pour les pompiers, alors que l’incendie s’est rapproché de certaines zones résidentielles. Des ordres d’évacuation ont été émis, et Giust assure que les équipes sont prêtes à intervenir si la situation devait se détériorer. « Si vraiment les flammes se rapprochent de leur habitation, on est dans des conditions où on a déjà ralenti le feu », explique-t-il.

Les agriculteurs de la région ont également joué un rôle crucial en fournissant de l’eau aux équipes de secours. « Notre action n’aurait vraiment pas été la même si nous n’avions pas pu compter sur les agriculteurs », souligne Giust. Leurs citernes, pouvant contenir jusqu’à 30 000 litres, ont permis de réduire les déplacements des camions-citernes des pompiers, optimisant ainsi le temps de réponse.

Les leçons tirées des précédents incendies, notamment celui de 2011, ont conduit à des améliorations dans les procédures et les équipements des pompiers. « Nous avons établi, amélioré nos compétences, nous avons amélioré nos procédures, nos matériels, nos formations. Donc, nous avons grandement augmenté notre capacité à pouvoir lutter contre des incendies », explique Giust. Bien que les équipes soient préparées, l’ampleur de l’incendie dans les premières heures a présenté un défi sans précédent.

Les conditions météorologiques, caractérisées par une sécheresse intense et des vents changeants, ont également joué un rôle dans la rapidité de propagation du feu. « Nous avons été dépassés dans les premiers moments par ces conditions météo extraordinaires », admet Giust. La vitesse à laquelle le feu s’est propagé, brûlant près de 1000 hectares en moins de 12 heures, est qualifiée d’énorme.

Pour l’avenir, Giust insiste sur la nécessité de continuer à former les équipes et à améliorer les procédures. « On doit continuer également à se former aux compétences spécifiques », affirme-t-il, soulignant l’importance d’être préparé à d’éventuelles situations similaires dans les années à venir. La pluie actuelle offre un répit, mais le combat contre cet incendie ne se limite pas aux flammes visibles ; il nécessite également une surveillance continue du terrain et un traitement des zones touchées pour prévenir toute reprise.