Belgique

« Immersion dans des écoles à encadrement différencié : sans ça, l’enfer. »

Les inégalités scolaires demeurent un sujet de préoccupation majeur. Alors que l’éducation est souvent perçue comme un moyen de réduire les disparités sociales, la réalité varie considérablement d’une école à l’autre. Certaines institutions, en particulier celles situées dans des zones défavorisées, font face à des défis tels que la précarité et des lacunes linguistiques importantes parmi leurs élèves.

Pour répondre à ces enjeux, le système d’encadrement différencié a été mis en place depuis plusieurs années, remplaçant l’ancienne terminologie de « discrimination positive » depuis 2009. Ce dispositif vise à allouer davantage de ressources aux établissements accueillant un grand nombre d’élèves issus de milieux défavorisés.

Mais cette approche est-elle réellement efficace ? Pour le découvrir, nous avons exploré deux écoles bénéficiant de ce soutien, l’une à Charleroi et l’autre à Jette.

À l’école du Nord à Charleroi, l’institutrice Sabrina Cordier annonce à ses élèves l’arrivée d’un renfort pédagogique qui les aidera individuellement dans leur apprentissage de l’écriture. Ce type d’accompagnement personnalisé est essentiel pour combler les lacunes des enfants. « C’est facile quand je suis toute seule avec Madame », se réjouit l’élève Nami, qui bénéficie de cette attention particulière.

La directrice de l’établissement, Isabelle Moreau, souligne l’importance de ces ressources financières : « Sans ces moyens, je ne sais pas comment je pourrais faire tourner mon école. » Ce soutien permet de réduire le nombre d’élèves par classe, favorisant ainsi un apprentissage plus efficace. « J’ai 12 élèves plutôt que 24, ça permet d’avoir du temps à leur consacrer », explique Sabrina Cordier.

Les écoles à encadrement différencié accueillent souvent des enfants issus de l’immigration, dont certains ne parlent pas français à leur arrivée. À l’école Jacques Brel de Jette, la directrice Sylvie Vanderhaeghen note que de nombreux élèves sont des primo-arrivants. « Ils arrivent parfois sans parler un mot de français », dit-elle, soulignant la nécessité d’un soutien accru.

Heorgina, une élève ukrainienne arrivée en Belgique en 2022, témoigne de l’impact positif de cet accompagnement : « Quand je suis arrivée, c’était trop dur. Je ne comprenais rien. Mais Madame a commencé à m’apprendre, à m’aider. » Aujourd’hui, elle parle français couramment.

Le soutien financier accordé aux écoles varie considérablement, allant de 700 à 70 000 euros, selon les besoins spécifiques. Ces fonds sont utilisés pour des sorties culturelles, du matériel éducatif et des animations. À l’école Jacques Brel, 40 % du budget est consacré à l’achat de livres, car « acquérir la langue française, entrer dans la lecture, c’est un ascenseur social », explique la directrice.

Cependant, malgré ces efforts, des défis subsistent. Les budgets alloués pour le fonctionnement des écoles sont de 14,5 millions d’euros pour le primaire et 3,3 millions pour le secondaire. Bien que ces montants aient été augmentés pour l’année scolaire 2026-2027, les fonds destinés aux repas gratuits ont disparu, ce qui complique la situation pour de nombreuses écoles.

Les directrices des établissements que nous avons visités s’accordent à dire que réduire le budget de l’encadrement différencié serait catastrophique. Isabelle Moreau avertit : « Si on rabote le budget de l’encadrement différencié, on va droit dans le mur. » Les résultats d’une analyse en cours sur l’efficacité de ce dispositif ne sont pas encore disponibles, mais il est clair que pour de nombreuses écoles, ce soutien reste crucial pour garantir une éducation équitable et inclusive.