
Gembloux : fermeture du dernier coutelier, la « Cité des Couteliers » disparait
Au cœur de Gembloux, un savoir-faire ancestral s’éteint avec le départ à la retraite de Marc Depireux, dernier représentant d’une lignée de couteliers qui a perduré pendant plus d’un siècle. Cet artisan, qui a consacré plus de quarante ans à son métier, se dit fier de son héritage, mais déplore l’absence d’un successeur pour perpétuer cette tradition.
« Je suis la quatrième génération de couteliers dans ma famille, donc il y a plus de cent ans de tradition », confie-t-il. Il ajoute, en évoquant son arrière-grand-père, « on ne sait pas ce qu’il faisait avant la Première Guerre, donc peut-être que ça remonte à encore plus longtemps. »
Malgré ses années de dévouement, Marc Depireux a décidé de fermer son atelier, ne trouvant personne, ni dans sa famille ni ailleurs, pour reprendre son activité. « Personne n’était intéressé. Et même si un membre de ma famille l’avait été, je ne l’aurais pas encouragé », explique-t-il. La concurrence des produits bon marché, souvent importés de Chine, a également pesé sur sa décision. « On a toujours voulu vendre des articles de qualité et de bonne marque reconnue, mais à côté de ça, on voit beaucoup de copies. Avant, on vendait des ciseaux de toilettage entre cinquante et deux cents euros. Maintenant, ils se vendent pour neuf euros nonante et ne coupent même pas », déplore-t-il.
La fermeture de son magasin marque la fin d’une époque pour Gembloux, qui était autrefois surnommée la « Cité des Couteliers ». À l’apogée de ce secteur, dans les années 1930, plus d’un millier de travailleurs étaient employés dans l’artisanat de la coutellerie. Aujourd’hui, il ne reste qu’une poignée d’artisans en Belgique, gardiens d’un savoir-faire en voie de disparition.
Les clients, comme Sophie, une résidente de Namur, expriment leur tristesse face à cette perte. « On essaie d’acheter le moins possible sur Internet et de trouver des commerces qui font encore ce type d’artisanat. Je trouve vraiment dommage de perdre ce savoir-faire unique, surtout pour Gembloux », déclare-t-elle.
Bien que Marc Depireux prenne sa retraite, il continuera à offrir des services d’aiguisage pour les professionnels et de restauration de couteaux d’orfèvrerie depuis chez lui. Cette transition ne suffira cependant pas à combler le vide laissé par la disparition d’un artisanat qui a façonné l’identité de la ville.
