
En Allemagne, les Églises dénoncent l’extrême droite et la haine
En Saxe-Anhalt, les Églises protestante et catholique ont fait de la campagne contre l’AfD un enjeu public, alors que le parti d’extrême droite a obtenu 44 % des voix aux régionales du 6 septembre 2026. Cette mobilisation éclaire un rapport de force plus large en Allemagne : la progression électorale de l’AfD inquiète les institutions religieuses, qui redoutent aussi des conséquences concrètes sur leurs financements et sur l’asile religieux.
Une opposition religieuse ancienne, mais renforcée par le scrutin
La prise de position des Églises ne date pas de cette campagne. La conférence épiscopale allemande avait déjà estimé, en février 2024, que l’AfD n’était pas une option pour les chrétiens, en jugeant le parti dominé par une idéologie nationaliste fondée sur la race. En avril, les Églises de Saxe-Anhalt ont réaffirmé cette ligne en critiquant un programme jugé fondé sur l’exclusion et la dévalorisation des personnes.
Sur le terrain, cette opposition s’est traduite par des tracts, des communiqués, des interventions publiques et des actions visibles autour des églises. À Magdebourg, la veille du vote, plusieurs milliers de personnes ont participé à une manifestation pro-démocratie, soutenue par une plateforme réunissant 300 associations. L’évêque protestante Bettina Schlauraff y a pris la parole pour avertir contre l’AfD, sans donner de consigne de vote.
Des responsables d’Église qui défendent leur rôle public
Bettina Schlauraff et l’évêque catholique Gerhard Feige ont tous deux assumé l’engagement de leurs institutions. La première explique que les pasteurs sont présents dans la vie quotidienne des habitants, au contact de familles, de personnes âgées et d’électeurs de l’AfD. Le second estime que l’Église doit parler lorsque la dignité humaine, la solidarité et l’amour du prochain sont menacés par la haine.
Les deux responsables insistent aussi sur la dimension locale du débat. À Magdebourg, Schlauraff rappelle que la ville compte de nombreuses personnes d’origines diverses, et que le personnel médical et soignant comprend une part importante de personnes issues de l’immigration. Leur message vise donc à défendre la coexistence sociale autant qu’une position morale.
Ce que l’AfD pourrait changer pour les Églises
Le texte souligne deux inquiétudes principales. D’abord, l’AfD a déjà attaqué les Églises et certains de ses responsables locaux ont évoqué la possibilité de réduire ou supprimer leurs financements. Ensuite, le parti veut s’attaquer à l’asile religieux, une pratique sans base juridique mais fondée sur un accord entre partis et Églises, qui permet d’héberger temporairement des demandeurs d’asile déboutés.
Selon les chiffres officiels cités, 72 personnes ont trouvé refuge temporairement en Saxe-Anhalt en 2025. Adrian Papenhagen, chargé de ces dossiers, dit ne pas vouloir communiquer le nombre actuel de cas par crainte d’une remise en cause de cette pratique. Il redoute qu’une arrivée de l’AfD au pouvoir régional conduise à des attaques contre ce dispositif, voire à un transfert des personnes concernées vers d’autres régions.
Ce qu’il faut retenir
- En Saxe-Anhalt, l’AfD a obtenu 44 % des voix aux régionales du 6 septembre 2026, un résultat présenté comme un choc politique.
- Les Églises protestante et catholique ont mené une campagne publique contre l’extrême droite, en invoquant la dignité humaine, la démocratie et la lutte contre la haine.
- L’AfD est décrite comme menaçant les financements des Églises et l’asile religieux, dont 72 personnes ont bénéficié temporairement en Saxe-Anhalt en 2025.
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