
Elections aujourd’hui en Ukraine : le défi de Fedorov à Zelensky mal reçu
Une récente vidéo de dix minutes diffusée sur YouTube par l’ancien ministre de la Défense ukrainien, Mikhaïlo Fedorov, a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique ukrainienne. Dans cette intervention, Fedorov, habillé de noir sur un fond sombre, critique ouvertement le président Volodymyr Zelensky, avec qui il a collaboré pendant sept ans, sans jamais mentionner son nom. Il dépeint un système qu’il qualifie d' »ancien », affirmant que celui-ci « vit trop souvent selon ses propres règles » et craint le changement. Fedorov met en garde contre une « crise systémique de gouvernance » qui affecte l’Ukraine.
L’ancien ministre, âgé de 35 ans, souligne une méfiance croissante du public envers les dirigeants, déclarant : « Les gens ne peuvent pas vivre sans fin dans un état où ils ne comprennent pas pourquoi certaines décisions sont prises. » Il appelle à la tenue d’élections, alors que le mandat présidentiel de Zelensky arrive à expiration en mai 2024, et que le pays n’a pas organisé de scrutin depuis le début de la guerre. « La démocratie ne peut être tenue en otage par la Russie », plaide-t-il, insistant sur la nécessité de trouver un mécanisme légal pour renouveler le processus démocratique, même en temps de guerre.
Fedorov ne se contente pas de critiquer le système, il évoque également la corruption au sein des responsables ukrainiens, un fléau qui entrave les efforts de guerre et suscite l’indignation parmi la population. Cette dénonciation intervient alors que des scandales de corruption, notamment au sein de l’armée, continuent d’éclater, illustrant un problème récurrent en Ukraine.
La remise en question de l’autorité de Zelensky est sans précédent depuis 2019, comme l’observe Stéphane Siohan, correspondant à Kiev. Fedorov, qui a été limogé sans explication claire, a vu sa popularité grimper, et des sondages suggèrent qu’il pourrait battre Zelensky dans une élection. Cependant, son appel à des élections en temps de guerre ne trouve pas un écho favorable. De nombreux Ukrainiens craignent que cela ne divise davantage le pays, alors que l’unité nationale est primordiale face à l’agression russe.
Des partisans de Fedorov, déçus par son changement de cap, soulignent que son efficacité en tant que gestionnaire était appréciée, mais qu’il s’est désormais engagé sur le terrain politique. La sociologue Anna Colin Lebedev note que les critiques formulées par Fedorov ne sont pas nouvelles et sont partagées par de nombreux Ukrainiens, qui réclament un dialogue entre la société civile et la présidence.
Les sondages révèlent que seuls 15 % des Ukrainiens estiment qu’il est opportun d’organiser des élections avant la fin de la guerre. Anton Grouchetsky, directeur de l’Institut de sociologie de Kiev, évoque un « consensus solide » sur cette question, affirmant que les déclarations de Fedorov sont éloignées de l’état d’esprit général de la population.
La classe politique a rapidement rejeté l’idée d’élections, arguant qu’elles seraient impossibles à organiser dans le contexte actuel de loi martiale. Roman Lozynskyi, un élu du parti d’opposition Holos, met en garde contre les dangers que représenterait une telle élection en temps de guerre, soulignant que cela pourrait rendre le pays plus vulnérable face à l’ennemi.
Les critiques de Fedorov, bien que pertinentes, soulèvent des questions sur son timing et sa stratégie politique. Son appel à la démocratie pourrait être perçu comme une trahison, d’autant plus qu’il a été membre de l’équipe de Zelensky jusqu’à récemment. Certains analystes estiment qu’il a compromis sa propre carrière politique en s’opposant à un système dont il faisait partie.
En somme, la situation en Ukraine est marquée par une tension croissante entre l’exigence de démocratie et les réalités d’une guerre en cours. Les appels à des élections en temps de conflit soulèvent des préoccupations quant à la stabilité et à l’unité nationale, alors que la lutte contre la corruption demeure un enjeu majeur pour le pays.
