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Drones et missiles : l’Ukraine, d’importateur à exportateur d’armes dans la défense

Ces dernières semaines, l’Ukraine a été le théâtre de plusieurs événements marquants. Le pays est secoué par des manifestations de jeunes qui s’opposent à la décision de Volodymyr Zelensky de se séparer de son ministre de la Défense, très populaire. Par ailleurs, le président a également limogé le commandant en chef des armées, le remplaçant par un général de vingt ans son cadet.

Un autre aspect important de la situation actuelle en Ukraine est son rôle croissant dans l’industrie de l’armement, tant au niveau européen que mondial. Face à l’agression russe, l’Ukraine a été contrainte de développer son industrie d’armement de manière spectaculaire. Comme le souligne Maurine Mercier, notre correspondante sur place, on peut presque parler d’un changement de paradigme. « Vous avez tous en tête Zelensky qui appelle toujours et encore à l’aide internationale en matière d’armement. Pendant six mois, on ne parlait que de la volonté d’avoir des chars Léopard. Il a ensuite dû implorer les pays alliés de lui fournir des missiles longue portée et des avions de combat F-16. »

Cependant, la capacité de production de l’industrie de défense ukrainienne a considérablement augmenté. « Elle est passée d’un milliard de dollars environ au début de la guerre à grande échelle à 35 milliards de dollars par an selon les autorités ukrainiennes. Le Conseil de sécurité ukrainien évalue même la capacité cette année à environ 50 milliards de dollars. En fin d’année dernière, plus de la moitié des armes utilisées par l’armée ukrainienne étaient produites en Ukraine. »

Un vrai renversement de situation s’opère. « L’Ukraine rend l’Europe plus forte. L’Ukraine est passée du statut d’acheteur à celui de fournisseur de sécurité pour l’Europe. »

Ce tournant dans le conflit est significatif. La guerre évolue rapidement, comme l’explique encore Maurine Mercier : « On est sur une guerre qui se joue principalement dans les airs, sur une guerre de drones et de missiles désormais. C’est ainsi que l’Ukraine passe de pays assisté à un pays carrément exportateur. »

Ce changement est principalement dû à l’utilisation accrue des drones. L’Ukraine a su s’adapter à cette nouvelle réalité. « L’Ukraine est passée d’un pays largement dépendant des livraisons d’armes à un pays producteur. Mais mieux que cela, un pays producteur devenu dominant en matière de drones. Si je devais résumer, l’Ukraine est passée de ce pays assisté à ce collaborateur avec lequel on a tout à coup très envie de collaborer », ajoute notre correspondante.

Cette évolution a également ouvert les yeux à l’Europe. Bien que la guerre des drones ne soit pas nouvelle, les Européens semblent en retard. Ursula von der Leyen a d’ailleurs rendu visite à Zelensky à Kiev, déclarant : « L’Europe a tellement à apprendre de vous, de l’ingéniosité de votre industrie de défense, de la rapidité avec laquelle l’innovation passe du front à la production, de votre capacité dans les circonstances les plus difficiles à vous adapter, à innover et à développer les capacités que la guerre moderne exige au quotidien. L’Ukraine rend l’Europe plus forte. L’Ukraine est passée du statut d’acheteur à celui de fournisseur de sécurité pour l’Europe. Et cela implique également une nouvelle façon de travailler ensemble. »

Les rôles semblent s’être inversés, c’est désormais l’Europe qui semble avoir besoin de l’Ukraine. Les États-Unis s’y intéressent également. Washington envisage de nouveaux financements pour les programmes de drones ukrainiens afin d’accéder à la technologie qui sous-tend ces systèmes guidés par l’IA.

Le directeur de la CIA, l’agence américaine de renseignement, a évoqué cette guerre des drones : « Ce sont des machines à tuer hautement spécialisées et peu coûteuses. L’espérance de vie moyenne d’une recrue russe arrivant actuellement sur le champ de bataille est estimée entre 20 et 30 minutes. » Bien que ces chiffres ne soient pas vérifiables, des responsables américains estiment que la Russie perd environ 7000 soldats par semaine.

L’Ukraine a commencé à exporter des armes. Le pays a déjà signé des contrats avec le Danemark, les Pays-Bas et l’Estonie, et prévoit de le faire également avec l’Allemagne, la Finlande, la Norvège, le Canada, etc. « Depuis le mois de juillet, Kiev exporte des armes. Attention, le ministre de la Défense a averti, ces exportations ne seront possibles que si l’approvisionnement de l’armée ukrainienne est garanti. »

Malgré cette importante production, l’Ukraine a encore besoin de l’Europe. « Cette performance, même couplée à l’aide importante de l’Occident, est totalement insuffisante en comparaison à ce que la Russie déverse sur l’Ukraine allègrement. »

En dépit de la guerre et des bombardements, l’Ukraine continue d’innover et de produire à grande échelle. « Si la Russie bombarde les infrastructures énergétiques, c’est évidemment pour paralyser l’industrie d’armement ukrainienne. En plein Kiev, vous avez ces industries d’avant la guerre qui sont prises pour cible. Elles sont au milieu de la ville, le voisinage en paie le prix, des quartiers entiers se font dévaster. Mais les Ukrainiens, pour réussir à produire, se sont emparés des sites de production. Dans des immeubles d’habitation, vous avez des gens, cela peut être vos voisins de palier, qui vont faire tourner des imprimantes 3D pour fabriquer des pièces de drones qui seront ensuite assemblées dans un autre lieu. »

Bien que l’Ukraine produise de plus en plus d’armements, le pays a toujours besoin de l’Occident pour sa défense aérienne. Ces deux dernières semaines, les nuits à Kiev ont été particulièrement éprouvantes. La capitale ne dispose plus de missiles Patriot, fabriqués aux États-Unis. « Ce sont les seules armes capables d’intercepter les missiles balistiques. Alors la Russie profite de cette pénurie, elle bombarde quasi chaque nuit la capitale. Il est impossible de se protéger et d’aller se mettre à l’abri. »

Ces bombardements épuisent l’ensemble de la population, qui est en état d’alerte. L’Ukraine peine à produire ces missiles, qui sont essentiels pour la survie des civils. « Des discussions sont en cours pour que l’Ukraine produise elle-même ses Patriot sous licence américaine. En attendant de pouvoir enfin en fabriquer, l’Ukraine a dû se remettre à implorer. Elle a lancé un appel auprès de 40 pays partenaires pour qu’ils lui transfèrent d’urgence les missiles Patriot qu’ils ont en stock. Selon Zelensky, l’Ukraine a besoin de 100 missiles par mois pour mieux se protéger. »

L’Ukraine demande de l’aide pour se protéger, mais une chose a tout de même changé : « L’Ukraine fabrique désormais énormément d’armes, elle est devenue en la matière un acteur incontournable. Mais cette performance, même couplée à l’aide importante de l’Occident, est totalement insuffisante en comparaison de ce que la Russie déverse sur l’Ukraine allègrement », conclut Maurine Mercier.