Des associations de Marseille à Bruxelles s’opposent aux narcotrafiquants.
Bilal n’avait que douze ans lorsqu’il a basculé dans le narcotrafic et passera dix années derrière les barreaux. L’an dernier, la capitale Bruxelles a enregistré une centaine de fusillades, faisant huit morts et une quarantaine de blessés.
Bilal n’avait que douze ans lorsqu’il a plongé dans le narcotrafic. « Au fond de moi, je ne le voulais pas. Je voulais de l’argent, je ne voulais plus aller à l’école », se souvient cet ancien détenu. Rapidement, il s’engage dans la délinquance. « Petit à petit, j’ai gravi les échelons. Tu rentres dans le cercle, tu aggraves les faits et voilà…« , raconte-t-il aujourd’hui avec regret.
Sa montée dans les réseaux de trafic est rapide, au point de devenir responsable d’un point de deal. Mais cette trajectoire le mène finalement en prison, où il passera dix années derrière les barreaux.
Des parcours similaires, Tahar Elhamdaoui en rencontre régulièrement. En tant que coordinateur du projet pédagogique du collectif « Désistance », il accompagne d’anciens jeunes impliqués dans le trafic de drogue. Selon lui, les causes sont souvent identiques : précarité sociale, décrochage scolaire et manque de perspectives. « Ce qui les a fait plonger, c’est la pauvreté, le manque d’argent. Ici, on essaie de leur donner des outils pour gagner leur vie légalement, trouver un emploi et reconstruire quelque chose« , explique-t-il.
Pour Bilal, la question de l’emploi est essentielle dans tout processus de réinsertion. « Le plus important, c’est le travail. Personne n’est heureux de vendre du shit et de risquer dix ou quinze ans de prison. On prend aussi le risque de mourir« , affirme-t-il.
La violence liée au narcotrafic demeure une réalité très tangible à Bruxelles. L’an dernier, la capitale a enregistré une centaine de fusillades, faisant huit morts et une quarantaine de blessés.
À Marseille, la situation est similaire. Dix-sept personnes y ont été tuées dans des règlements de comptes liés au trafic de drogue. « Derrière ces statistiques, il y a des vies brisées. Des mères qui pleurent leurs enfants. Des familles entières qui vivent sous la menace« , rappelle Amine Kessaci, militant associatif et adjoint au maire de Marseille. Il a lui-même perdu ses deux frères dans des fusillades liées au narcotrafic.
Face à cette situation, il a participé à la création d’une association européenne visant à mettre en réseau les villes confrontées à cette violence et à prévenir l’entrée des jeunes dans les circuits criminels. « En France, il n’existait pas de véritables programmes d’accompagnement pour les familles victimes du narcotrafic. Nous avons mis en place un soutien psychologique, juridique et même des solutions de relogement« , explique-t-il.
Sur le terrain, le travail de réinsertion est long et complexe, mais certains parcours illustrent qu’une sortie de l’engrenage est possible. À Bruxelles, Bilal a récemment obtenu un premier entretien d’embauche pour un stage dans un club à Anderlecht. « Qui aurait cru qu’un jour je ferais un stage là-bas ? Il y a moyen de s’en sortir« , dit-il avec fierté.
Pour Tahar Elhamdaoui, la réinsertion ne peut fonctionner sans une seconde chance offerte par la société. « On peut comprendre les réticences de certains recruteurs. Mais il faut aussi laisser la possibilité à ces jeunes de faire leurs preuves et de construire un projet de vie différent« , insiste-t-il.

