
Dépressions et burn-out : les incapacités de travail de longue durée augmentent de 32%
En Belgique, la problématique de l’incapacité de travail liée à des troubles mentaux prend des proportions alarmantes. En 2025, plus de 576.000 Belges sont en arrêt de travail depuis plus d’un an, dont 155.000 souffrent de dépression ou de burn-out, marquant une hausse de 5,2 % par rapport à l’année précédente. Bien que l’Institut national d’assurance maladie invalidité (INAMI) indique que cette augmentation est moins rapide que par le passé, il est indéniable que, depuis 2021, ces incapacités ont crû de 32 %.
Aline Durant, psychologue du travail, souligne que le burn-out est désormais considéré comme un mal du siècle. Elle explique que les raisons de cette hausse sont multiples : « Les soins ne sont pas toujours adaptés, ce qui entraîne des arrêts prolongés. L’isolement joue un rôle important, car les parcours de soins ne sont pas aussi clairs que pour d’autres maladies. » Elle met en lumière la complexité des prises en charge, qui contribuent à la stagnation des chiffres d’incapacité.
Les causes du burn-out sont également à rechercher dans l’évolution des conditions de travail. Durant précise que « l’intensification des exigences professionnelles, couplée à une pression individuelle, crée un environnement propice à l’épuisement. » L’impact de la digitalisation et du télétravail sur notre rapport au temps et aux autres est significatif. De plus, la psychologue évoque la pression croissante dans la vie personnelle, soulignant que « nous avons des vies beaucoup plus chargées qu’auparavant », ce qui exacerbe le risque de burn-out.
Les personnes âgées de 50 ans et plus sont particulièrement touchées par cette problématique. Selon l’INAMI, 53,2 % des individus en incapacité de travail pour dépression ou burn-out appartiennent à cette tranche d’âge. Durant note que ces travailleurs doivent s’adapter à de nouveaux outils technologiques, ce qui peut être difficile. « La capacité d’adaptation diminue avec l’âge, surtout face à la digitalisation et à l’intelligence artificielle, qui peuvent générer de l’anxiété », ajoute-t-elle.
Un autre facteur à considérer est la difficulté de retrouver un emploi pour les personnes de plus de 60 ans. « Avec l’âge de la pension repoussé, beaucoup restent en incapacité de travail plus longtemps, ce qui contribue à l’augmentation des chiffres », explique Durant.
Les travailleurs indépendants ne sont pas épargnés. Entre 2021 et 2025, le nombre de ceux en incapacité pour dépression ou burn-out a augmenté de 65 %. Les conditions économiques précaires rendent la gestion d’une petite entreprise plus difficile, et la stigmatisation autour de la santé mentale commence à s’estomper, permettant à certains de reconnaître leur besoin d’aide avant d’atteindre un point de rupture.
Les coûts liés aux incapacités de travail dues à des problèmes de santé mentale sont également préoccupants, atteignant plus de 2,5 milliards d’euros en 2024, soit une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente. Face à cette situation, le gouvernement envisage des mesures pour réintégrer les malades de longue durée dans le monde du travail, une approche critiquée par l’Observatoire des maladies chroniques, qui estime qu’elle privilégie les sanctions au détriment de la prévention et des conditions de reprise.
