Crèches : la Belgique figure parmi les pays d’accueil des enfants précoces
En Belgique, les bébés peuvent être accueillis en crèche dès leur troisième mois. Geoffroy Carly identifie trois piliers indissociables pour un système de crèches efficace : la réalité éducative, sociale et économique.
Le nombre insuffisant de places, le coût des services d’accueil, ainsi que le manque de personnel et les conditions de travail difficiles représentent des défis importants pour l’accueil en crèche en Belgique. Ce sujet nécessite de véritables réformes. Avant d’aborder les changements possibles, il est pertinent de se pencher sur le système d’accueil lui-même. En effet, faire garder son enfant quelques mois après sa naissance n’est pas une évidence. Ce choix n’est pas universel et varie selon les pays et les cultures.
Geoffroy Carly rappelle que les crèches ont été établies au 19e siècle pour secourir les enfants issus de milieux précaires. Les autorités, préoccupées par des enjeux sanitaires, souhaitaient offrir à ces enfants un environnement où ils pouvaient recevoir des soins. Avec l’émancipation des femmes, surtout après Mai 1968, ces lieux d’accueil ont gagné en importance, devenant essentiels pour permettre aux femmes de travailler. « On a tendance à l’oublier mais les crèches sont donc une création », souligne-t-il.
**Un accueil dès trois mois dans les crèches en Belgique**
En Belgique, les bébés peuvent intégrer une crèche dès l’âge de trois mois. « On est probablement l’un des pays où ça se passe le plus tôt », indique Geoffroy Carly. Cette précocité implique que le système des crèches soit conçu, non seulement en fonction des besoins des parents ou des bénéfices pour la santé, mais surtout en tenant compte des besoins des enfants à cet âge. « Cela nous oblige à prendre en considération ce à quoi on renonce et ce qui est mis en place et en quoi cela correspond aux besoins réels des enfants. Parce qu’on est surtout avec des enfants très jeunes. Et les hommes et les femmes que nous sommes, nous sommes des mammifères très mal finis au moment où on sort du ventre de notre mère. Et on a besoin d’énormément de soins », déclare-t-il. À cet âge, les enfants ne parlent pas encore et ne peuvent pas se nourrir seuls, ce qui nécessite une attention particulière.
Carly évoque trois piliers essentiels : la réalité éducative, sociale et économique. « Souvent dans les politiques publiques, on a tendance à en privilégier un plus qu’un autre. Alors que si on veut que le système dans son ensemble soit compétent, il faut qu’on pense bien aux trois dimensions. » En résumé, les crèches ne doivent pas être perçues uniquement comme un service de garde pour permettre aux parents de travailler, mais comme un environnement crucial pour le développement des enfants, survenant au cours de cette période déterminante connue sous le nom des « 1000 premiers jours ».
**L’attente d’une meilleure professionnalisation du secteur de la petite enfance**
La crèche constitue pour le bébé son premier espace public, un lieu où il commence à se reconnaître comme individu. Ces mois d’accueil sont déterminants pour son développement personnel et doivent donc être intégrés dans la conception même du modèle, y compris dans les normes d’accueil. Par exemple, lors des changements de couche, le bébé peut apprendre à participer à ce moment, comme en enlevant un vêtement. Pour que cet apprentissage soit effectif, une relation individualisée entre l’enfant et le personnel est nécessaire, ainsi qu’un temps adéquat pour chaque interaction. La question centrale pour établir une norme d’encadrement est donc de déterminer le temps requis pour ces moments par enfant et la formation que le personnel doit recevoir pour établir cette relation individualisée.
Trop longtemps, la professionnalisation dans le secteur de l’accueil s’est appuyée sur l’ « instinct maternel » des éducateurs, majoritairement des femmes. Bien que des progrès aient été réalisés au cours des 25 dernières années, Geoffroy Carly note qu’il reste des améliorations à apporter pour professionnaliser la prise en charge : « On continue à penser que « l’instinct maternel » ou s’occuper des enfants n’est pas une fonction pédagogique qui requiert toute une série de compétences. Tant qu’on ne sortira pas de ça et qu’on croit que cela sera spontané, on restera bloqués. […] Il y a un travail à faire sur cette formation initiale. Un bachelier en petite enfance vient d’être créé pour renforcer les compétences des professionnels dans les domaines de l’accueil, de la pédagogie et de l’observation des enfants. Tout cela contribue à créer un système qui sera mieux préparé pour accueillir les enfants à condition que les conditions de travail le permettent, c’est-à-dire que le personnel puisse travailler en équipe, réfléchir régulièrement sur ses pratiques et ne pas être constamment sous pression à cause des pénuries dans le secteur. »
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