Belgique

Climat : mers et océans jamais aussi chauds, pluies diluviennes cet automne ?

Le réchauffement climatique continue de frapper de plein fouet l’Europe, avec des températures marines atteignant des sommets inédits. Cet été, les vagues de chaleur ont battu des records, avec des températures dépassant les 40 degrés dans plusieurs pays, dont l’Allemagne, la République tchèque, la France, l’Espagne et l’Italie. Cette situation alarmante est accentuée par la durée exceptionnelle de ces épisodes caniculaires, qui se sont accompagnés de nuits particulièrement chaudes.

François Fripiat, océanographe et professeur à l’Université libre de Bruxelles, souligne que « cet été, le niveau de température de nos mers a atteint un record depuis le début des mesures. La vague de chaleur a touché les deux tiers du bassin méditerranéen, avec des hausses locales de température allant jusqu’à huit degrés ». Dans un rapport publié le 1er juillet par l’Agence Spatiale européenne, les zones les plus touchées sont identifiées comme étant le sud de la France, la Corse, la Sardaigne et la péninsule italienne.

Des données récentes du World Weather Attribution, mises à jour le 19 août, révèlent que fin juillet, la température moyenne de la partie occidentale de la Méditerranée, allant des Baléares à l’Italie, était de 28 degrés, soit 3,4 degrés de plus qu’à l’époque pré-industrielle.

L’inertie thermique des océans joue un rôle crucial dans ce phénomène. Fripiat explique que « les océans absorbent l’excès de chaleur d’origine humaine, et cette chaleur est conservée plus longtemps que dans l’air. Les vagues de chaleur maritimes persistent plus longtemps que les canicules terrestres ». Il précise également que « la température de l’eau de surface peut maintenir son pic pendant deux mois, en raison d’un décalage avec le rayonnement solaire ».

La Méditerranée, étant un bassin semi-fermé, est particulièrement vulnérable à ces changements. Son échange avec l’océan Atlantique, limité par le détroit de Gibraltar, ainsi que sa stratification, où la couche supérieure d’eau reste isolée des profondeurs, aggravent la situation.

La chaleur accrue des mers entraîne une évaporation plus importante, augmentant ainsi l’humidité dans l’air. Selon la loi de Clausius-Clapeyron, chaque degré supplémentaire permet à l’air de transporter 7 % d’eau en plus. Cela explique pourquoi les périodes de chaleur estivale sont souvent suivies d’orages, lorsque des masses d’air froid rencontrent l’humidité accumulée.

Cependant, l’évaporation des mers se poursuit longtemps après les vagues de chaleur, ce qui peut entraîner des pluies plus intenses à l’automne, voire des inondations. Les événements récents en témoignent : la Belgique a connu des pluies torrentielles en juillet 2021, causant des dégâts considérables, tandis qu’en Espagne, des inondations dévastatrices ont frappé Valence en 2024, avec des pluies équivalentes à une année entière en seulement quelques heures.

Alors, que peut-on attendre pour l’automne 2026 ? Bien qu’il soit impossible de prédire des inondations avec certitude, les conditions sont réunies pour des pluies intenses. La mer, réchauffée par les canicules, constitue un carburant prêt à alimenter de potentiels événements pluvieux, mais il faut une étincelle, comme un front froid, pour déclencher ces phénomènes. Les inondations de grande ampleur sont donc susceptibles de se reproduire de manière récurrente, exacerbées par le réchauffement climatique d’origine humaine.