Belgique

Ceuta : rumeurs et responsabilité marocaine, que s’est-il passé ?

Des dizaines de migrants se retrouvent sur la plage de Ceuta, engourdis par la fatigue du voyage. Enveloppés dans des couvertures ou blottis dans leurs sweat-shirts, ils témoignent d’une situation précaire, alors que ce mardi 4 août, leur nombre a considérablement diminué, ne laissant que quelques centaines d’entre eux dans l’enclave espagnole.

La situation a pris une tournure inattendue le 30 juillet, quand plus de 60 000 personnes ont franchi la frontière vers Ceuta, une enclave espagnole de 19 kilomètres carrés. Ce mouvement massif semble avoir été déclenché par une rumeur sur les réseaux sociaux, affirmant que la frontière était ouverte. Pierre Vermeren, historien à l’Université de la Sorbonne, explique que cette information a suscité l’espoir chez de nombreux jeunes Marocains désireux de rejoindre l’Europe. « La jeunesse marocaine, comme celle du Maghreb, aspire à émigrer. Les liens familiaux en Europe sont forts, et l’idée d’un passage facile à Ceuta a engendré une vague de départs », précise-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des cartes Google Maps circulent, indiquant des itinéraires depuis des plages moins surveillées près de Fnideq. Des informations sur des points de vente de matériel pour la traversée, tels que des combinaisons de plongée et des canoës, ont également été partagées, mais ces publications ont rapidement disparu. « Ces jeunes n’ont pas de voiture pour la plupart. Il est évident qu’un transport organisé a été mis en place pour les acheminer par milliers », souligne Vermeren.

Les autorités marocaines sont également sous le feu des critiques. Des migrants refoulés ont rapporté qu’aucun dispositif de contrôle renforcé n’avait été observé sur les routes menant à Fnideq. Un rapport des services de renseignement espagnols, relayé par le quotidien El País, indique que les forces marocaines auraient choisi de ne pas intervenir à la frontière. Vermeren ajoute que « le territoire marocain est bien contrôlé », suggérant que cette opération a été, sinon orchestrée, au moins tolérée par les autorités.

Ce n’est pas la première fois que le Maroc utilise des mouvements migratoires pour exercer une pression politique. En 2021, le pays avait déjà facilité l’entrée de plus de 10 000 jeunes à Ceuta pour faire pression sur l’Espagne. Cette manœuvre avait coïncidé avec un soutien espagnol au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Récemment, les relations entre l’Espagne et l’Algérie, rival historique du Maroc, ont également pu jouer un rôle dans cette dynamique complexe.