
Caterpillar : 10 ans après la fermeture, quel avenir pour Gosselies ?
Caterpillar, un acteur majeur de l’industrie des engins de chantier, a marqué l’histoire de Charleroi depuis son ouverture en 1965. Ce site, devenu emblématique, a longtemps été un pilier économique pour la région, où chacun connaît quelqu’un ayant travaillé pour cette entreprise. À son apogée, Caterpillar Gosselies était le deuxième site de production mondial du géant américain, juste au moment où les secteurs traditionnels de charbon, métallurgie et verrerie commençaient à décliner.
Cependant, en 2016, la nouvelle de la fermeture du site a frappé la communauté comme un coup de tonnerre. En 2011, tout semblait prospérer : l’entreprise avait investi 150 millions d’euros pour moderniser ses installations. Mais deux ans plus tard, une première vague de licenciements touchait environ 1300 employés, soit un tiers de la main-d’œuvre. En septembre 2015, la direction annonçait la suppression de 10 000 emplois à l’échelle mondiale, et le 2 septembre 2016, la fermeture de Gosselies était officialisée, entraînant la perte de 2200 postes, et 6000 si l’on inclut les sous-traitants.
Les témoignages des travailleurs révèlent un profond désarroi. Un employé a partagé son désespoir avec la RTBF : « Aujourd’hui, on nous apprend qu’on est mis tous dehors. Employés, cadres, ouvriers. On est tous abattus, bien sûr. On ne sait pas ce qu’on va devenir. » L’impact de cette fermeture s’est fait sentir bien au-delà des murs de l’usine, touchant des milliers de familles et laissant une empreinte indélébile sur la ville de Charleroi.
Dix ans après cette annonce tragique, les souvenirs de cette époque demeurent vifs. Jacques Jacquemin, qui a intégré Caterpillar en 1970 et y a travaillé près de trois décennies, se souvient des liens tissés et de l’ambiance de travail : « Il y a le travail qui était quand même important. Et alors l’ambiance de travail. » Son fils, Marc, a également connu cette époque, ayant été employé de 2001 jusqu’à la fermeture. Pour lui, la perte a été difficile à accepter : « On ne s’attendait pas du tout à ce genre d’annonce. C’est difficile, très difficile. »
Après la fermeture, Marc a bénéficié d’une cellule de reconversion et a suivi une formation pour retrouver un emploi. Environ 1600 anciens employés ont pu accéder à ces dispositifs, permettant à un millier d’entre eux de se réinsérer professionnellement. Bien que Marc ait trouvé un emploi, sa situation reste précaire, travaillant seulement sept mois par an. Malgré la brutalité de la fermeture, il garde un souvenir positif de son passage à Caterpillar : « On était bien à l’usine. »
Concernant l’avenir du site, plusieurs projets de reconversion ont été envisagés, mais beaucoup ont échoué. La stratégie a évolué, et en 2024, la région wallonne a décidé de diviser le site de près de 100 hectares en plusieurs zones pour attirer différents investisseurs. Actuellement, des promesses de reconversion émergent, avec un groupe flamand, Heylen, qui devrait occuper une partie du site pour des activités logistiques. D’autres discussions portent sur des projets de loisirs, incluant la possibilité d’un parc d’attractions.
Ainsi, bien que Caterpillar ne soit plus présent à Gosselies, l’histoire du site continue d’évoluer, cherchant à se réinventer après des décennies d’activité industrielle. Pour l’instant, cependant, le site reste inoccupé, sans création d’emplois à l’horizon.
