Belgique

Budget de l’enseignement (2/3) : les profs augmentent-ils nos dépenses en travaillant moins ?

L’analyse du système éducatif belge met en lumière des disparités significatives dans le temps d’enseignement des professeurs, qui soulèvent des questions sur la gestion des ressources humaines dans l’éducation. Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), non seulement la Belgique dispose d’un nombre d’enseignants par élève supérieur à celui d’autres nations, mais ces derniers consacrent également moins de temps à l’enseignement direct.

Le FMI souligne que le temps d’enseignement statutaire en Belgique, tant en communauté francophone qu’en communauté flamande, est nettement inférieur à celui observé dans des pays comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. En effet, le rapport indique que le temps d’enseignement en Belgique ne représente qu’entre 72 % et 98 % de celui observé dans ces pays comparables, avec une tendance plus marquée en communauté flamande.

Les données de 2023, qui différencient la Fédération Wallonie-Bruxelles de la Flandre, révèlent que les enseignants francophones passent un nombre d’heures en classe comparable à celui de leurs homologues flamands, ainsi qu’à la moyenne européenne. Cependant, ils enseignent moins que leurs collègues français et néerlandais, avec une réduction de 10 à 25 % d’heures selon les niveaux, et jusqu’à 15 % dans le secondaire supérieur.

Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, les enseignants sont tenus de dispenser 24 périodes de 50 minutes en primaire, 22 en secondaire inférieur, et 20 en secondaire supérieur, ce dernier chiffre étant prévu pour augmenter de deux périodes à la rentrée prochaine. Toutefois, il convient de noter que ces heures d’enseignement ne tiennent pas compte des nombreuses heures de travail non rémunérées que les enseignants consacrent à la préparation des cours, à la correction des devoirs, ainsi qu’à la communication avec les parents et à d’autres tâches administratives.

Actuellement, le débat se concentre sur le temps de travail des professeurs du secondaire supérieur, sans qu’aucune étude ne mesure objectivement leurs heures de travail hors classe. Un enseignant, Yannick, a déclaré que « deux fois 50 minutes ‘face classe’ représentent environ cinq heures de travail au total », illustrant ainsi la complexité de la charge de travail des enseignants.

Une étude menée par l’OCDE, dans le cadre de TALIS 2024, a tenté d’évaluer le temps de travail hors classe pour les enseignants des niveaux primaire et secondaire. Les résultats indiquent que la moyenne des heures de travail hors classe s’élève à 19,2 heures par semaine pour les enseignants du premier degré du secondaire à temps plein, et à 20,3 heures pour ceux du primaire. Cependant, cette estimation pourrait être sous-évaluée, car elle ne prend pas en compte les enseignants qui exercent dans plusieurs établissements.

Magali Verdonck, chercheuse à l’ULB, exprime des doutes sur la fiabilité de ces chiffres, soulignant que « 19 heures de travail hors classe » semblent peu réalistes compte tenu des nombreuses tâches que les enseignants doivent accomplir. Elle fait également partie d’un comité d’experts qui a averti le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles des risques liés à l’endettement, suggérant des économies potentielles, y compris l’augmentation du nombre d’heures d’enseignement.

En parallèle, une étude de la VUB en Flandre a révélé que le temps de travail total des enseignants à temps plein s’élève à près de 50 heures par semaine, incluant le travail pendant les vacances. Bien que ces résultats ne soient pas directement comparables à ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ils fournissent un autre indicateur sur la charge de travail des enseignants.

En conclusion, le manque de données précises sur le temps de travail des enseignants en Belgique, ainsi que sur l’impact financier de l’organisation de l’enseignement, soulève des préoccupations quant à la gestion des ressources éducatives. La prochaine analyse se penchera sur les performances du système éducatif francophone, souvent critiqué pour ses coûts élevés par rapport à ses résultats.