Belgique

Batteries au lithium : une menace silencieuse pour les déchets ménagers

Au recyparc de Couillet, Anne vérifie chaque objet avant de le jeter pour repérer la présence d’une batterie. Depuis 2022, pas moins de 141 incendies se sont déclenchés dans des centres de tri en raison de la présence de batteries mal triées.

Au recyparc de Couillet, Anne a pris l’habitude de vérifier chaque objet avant de le jeter, afin de détecter la présence d’une batterie. « Je viens de retirer les piles de la balance que je souhaite jeter. Je regarde toujours au cas où. », indique-t-elle.

Ce réflexe n’est cependant pas courant. Brosse à dents électriques, cigarettes électroniques jetables, chaussures lumineuses… Les objets usuels contenant une batterie sont nombreux, et ils finissent encore trop souvent dans le mauvais bac. « Les gens n’ont pas envie de ‘tchipoter’, ils mettent tout à la poubelle et jettent. », remarque Ozturk, habitant de Couillet.

Les gens n’ont pas envie de ‘tchipoter’, ils mettent tout à la poubelle et jettent.

Laurent Dupont, président de la COPIDEC (Conférence Permanente des Intercommunales Wallonnes de Gestion des Déchets), résume la situation : « Le citoyen ne se rend même pas compte de la présence de batteries dans les objets du quotidien. ».

Le problème peut être structurel : dans de nombreux appareils modernes, il est souvent impossible de retirer la batterie. « Il y a quelques années, sur votre téléphone, vous pouviez enlever facilement une batterie. Maintenant, je vous mets au défi de le faire. », souligne-t-il.

Dans d’autres cas, les utilisateurs ignorent même qu’il y a une batterie, comme dans certaines cartes d’anniversaire musicales : « Je ne pensais pas qu’il y avait des piles dans les cartes d’anniversaire. On aurait pu en jeter une et provoquer un incendie, c’est grave« , s’étonne Heel, également habitante de Couillet.

Laurent Dupont confirme : « La carte de vœux musicale, vous recevez une carte en carton. Le citoyen se dit : je vais la mettre dans le papier carton. Non, parce que cette batterie va se retrouver dans des centres de papier carton et, s’il y a une étincelle, c’est tout le stock de papier qui prend feu. »

Le bilan accablant des batteries mal triées

Pour les intercommunales de gestion des déchets, ce tri inapproprié ne constitue pas seulement un enjeu environnemental : il s’agit surtout d’une question de sécurité. En 2024, un ouvrier a perdu la vie dans un incendie survenu à Charleroi. Laurent Dupont, président de la Copidec, ne mâche pas ses mots : « C’est un échec total des acteurs concernés dans toute la chaîne de valeur. »

Les intercommunales demandent des mesures à tous les niveaux, et soulignent en particulier la responsabilité des fabricants : « L’information, le citoyen doit l’avoir lorsqu’il achète le bien, pas lorsqu’il se retrouve avec le déchet entre les mains. On demande au gouvernement wallon une meilleure sensibilisation, un meilleur étiquetage et au gouvernement fédéral, nous demandons aussi d’interdire la mise sur le marché de certains biens qui mettent en danger notre personnel. », conclut Laurent Dupont, également président de l’intercommunale Ipalle.

Depuis 2022, pas moins de 141 incendies se sont déclarés dans des centres de tri à cause de la présence de batteries mal triées. Une réunion est prévue entre les intercommunales et le ministre wallon de l’Environnement d’ici la fin du mois de juin.