
« Avant, on vérifiait le vêlage des vaches, maintenant, on surveille Trump, dit Ludovic Feys, agriculteur à Libramont. »
Ludovic Feys, agriculteur à Chièvres et participant régulier à des concours, partage son expérience lors de la Foire de Libramont. Bien qu’il affiche un sourire, la situation n’est pas toujours favorable. « Il faut savoir qu’en fin 2024, début d’année 2025, on a eu un contexte assez favorable, il faut le dire. Mais durant la seconde moitié de l’année 2025, les prix ont commencé à un peu diminuer au fur et à mesure. Jusqu’à être stables aujourd’hui, mais stables bas. On a perdu un tiers de nos prix de vente par rapport à début 2025, ce qui est conséquent et qui impacte directement nos réalités économiques. »
Avec des rendements faibles, il devient difficile de subsister, comme l’explique l’agriculteur : « Un agriculteur doit aujourd’hui regarder sa situation économique sur plusieurs années. Si on prend 2025 qui a été favorable et 2026 qui ne l’est pas, il faut faire une moyenne de plusieurs années pour dire si l’on gagne notre vie ou pas. La réalité aujourd’hui, c’est non. Si on doit continuer dans l’état actuel des choses pendant quelques années, ce ne sera pas tenable sur le long terme. »
Un autre défi majeur est la sécheresse. « Ça fait quand même quinze jours, trois semaines qu’on est dans une période extrêmement sèche avec des fortes chaleurs. Et comme la pelouse du particulier, l’herbe que la vache est censée manger ne pousse plus. Ça aura un impact forcément sur les quantités. Et comme tout marché, si la quantité diminue, forcément le prix va augmenter. Et donc les coûts de production vont augmenter au fur et à mesure de l’année 2026. Et avec des prix de vente qui sont bas, si les coûts de production augmentent, forcément le revenu final diminue. »
Alors que de nombreux politiques se rendront à Libramont, l’agriculteur formule une demande : « Déjà au niveau administratif, de continuer à travailler à ne pas augmenter notre charge administrative. Je suis conscient que la diminuer, ça ne va pas forcément être facile. Et puis de garder au niveau belge des fermes de taille modérée. Garder cette agriculture familiale, je pense que c’est important. Et pour ça, il faudra travailler sur la vente de nos produits belges et européens. Essayer de garder un pouvoir là-dessus et d’avoir un revenu décent pour l’agriculteur. »
La guerre représente un autre impact significatif pour les agriculteurs. Avec le contexte géopolitique tendu, les agriculteurs sont affectés, notamment par l’augmentation des coûts des intrants (engrais, pesticides, semences) et de la nourriture pour animaux. « Aujourd’hui, je me lève le matin en regardant l’actualité. Avant, la première chose que je faisais, c’était de regarder si la vache avait vêlé. Maintenant, on regarde notre téléphone pour savoir si Trump n’a pas balancé une bombe sur Téhéran. Et en fonction de ça, on est aux aguets pour faire nos achats d’intrants. Quand le dimanche soir, vous apprenez qu’il y a la guerre, le lundi matin, vous achetez votre mazout pour faire la saison. C’est très important d’anticiper les marchés économiques aujourd’hui pour nos réalités. »
Concrètement, Ludovic Feys a déjà constitué une bonne partie de ses réserves pour 2026. Il espère avoir pris la bonne décision : « Savoir si c’est une bonne chose ou pas, on n’en sait rien. Le marché de l’engrais, il peut faire du moins 100 euros la tonne comme du plus 200 euros. Et aujourd’hui, j’ai fait une bonne affaire. Demain, le jour où j’en aurai besoin, est-ce que j’aurai fait une bonne affaire de l’acheter ? Je ne sais pas. C’est ça la réalité de l’agriculteur, c’est savoir se positionner sur du long terme avec des achats d’engrais ou d’aliments. Et on achète parfois six mois à l’avance. Et en fonction de la réalité économique et politique mondiale, on a fait une bonne affaire ou une moins bonne », conclut l’agriculteur.
