Authentification des vidéos de dérapages policiers : insultes et symboles d’extrême droite.
Bruxelles a connu des manifestations et des débordements lors du vote du décret-programme portant les mesures d’économies dans l’enseignement francophone le jeudi 4 juin. Au total, la police a procédé à une centaine d’interpellations ce vendredi 5 juin, dont une dizaine judiciaires, et environ 400 personnes ont été contrôlées.
Bruxelles a récemment été le théâtre de manifestations et d’incidents lors du vote du décret-programme sur les mesures d’économies dans l’enseignement francophone, qui a eu lieu le jeudi 4 juin au soir. Ces événements ont été suivis par la diffusion de vidéos illustrant des actes de dégradation par certains jeunes, ainsi que des interpellations parfois violentes par la police, capturées par plusieurs témoins.
Parmi ces vidéos amateur, une compilation a particulièrement choqué et incité à l’ouverture d’une enquête, comme l’a rapporté le journal Le Soir ce samedi.
Les images, rassemblées par le média engagé Bruxelles Dévie, montrent d’abord un policier portant une bonbonne de gaz lacrymogène sur laquelle se trouve une croix des Templiers accompagnée de l’expression « Deus Vult », des symboles souvent associés à l’extrême droite. Un deuxième policier est filmé en train de fumer un cigare, tandis qu’un troisième profère l’insulte « sale p*te » à l’égard de manifestants. Un quatrième semble se moquer de l’identité de genre d’une personne en posant la question « T’es un homme ou une femme toi ? Ou t’es une chaise aujourd’hui peut-être ?« .
Ces comportements extrêmes, sexistes, homophobes ou transphobes ont suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, poussant la police de Bruxelles à s’expliquer dimanche matin. La porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale – Ixelles a déclaré à la RTBF : « Nous avons pris connaissance des images qui circulent sur les réseaux sociaux. Il est important de rester prudent dans leur interprétation, dès lors que ce type d’extraits ne montre souvent qu’un instant précis et ne reflète pas nécessairement le déroulement complet ni l’ensemble du contexte des faits. » Elle a également précisé que « nos services analyseront ces images en interne afin de clarifier les circonstances et de vérifier si d’éventuels faits répréhensibles ont été commis. »
Ce besoin de précaution a également été souligné par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close, ce lundi matin sur RTBF – La Première. « J’ai vu ces images d’insultes sexistes, transphobes, homophobes et des symboles d’extrême droite, a-t-il réagi. Je veux prendre ça avec beaucoup de prudence parce qu’aujourd’hui, il faut toujours vérifier la véracité des images. Elles ne sont pas encore complètement authentifiées et donc je laisse faire l’enquête. Le temps judiciaire et disciplinaire n’est pas le même que le temps médiatique, mais c’est très clair, j’ai ordonné une enquête dès que j’ai eu connaissance de ces images. »
Il a ajouté : « L’ordre public, c’est un travail difficile. Aujourd’hui, il faut débriefer et analyser les images avec sang-froid, méthode et détermination. » Si l’enquête montre qu’il y a eu des dérapages, des sanctions « pouvant aller jusqu’au renvoi » seront envisagées. « Je suis convaincu que l’immense majorité des gens savent exprimer leur colère avec dignité et que l’immense majorité des policiers travaillent correctement« , a-t-il conclu.
Nous avons obtenu auprès de Bruxelles Dévie les vidéos originales, qui constituent les « rushs » non montés. Dans la vidéo de Bruxelles Dévie, l’un des premiers éléments choquants est un policier portant une bonbonne de gaz lacrymogène avec une croix des Templiers et l’expression « Deus Vult », des symboles historiquement chrétiens liés aux croisades, réutilisés aujourd’hui par les groupes d’extrême droite dans des contextes d’« choc des civilisations » ou de « guerre sainte moderne« .
La prudence a également été soulignée par le bourgmestre qui a insisté sur la nécessité de vérifier la véracité des images. Il a exprimé son intention de laisser l’enquête se dérouler, tout en affirmant avoir ordonné cette enquête dès qu’il a eu connaissance des vidéos.
Un troisième extrait montre un policier cagoulé, debout devant un combi de police, qui pose une question jugée transphobe : « T’es un homme ou une femme toi ? Ou t’es une chaise aujourd’hui peut-être ? » Dans l’enregistrement de 25 secondes, on peut entendre plusieurs policiers calmes, suivis de réactions vocales du public qui s’oppose aux propos tenus.
La vidéo montre également un policier en civil tenant une bonbonne de gaz lacrymogène qui insulte une personne avec les mots « Sale p*te va » avant de partir. Filmer devant la Bibliothèque royale de Belgique, cette vidéo a été capturée dans un contexte de tensions entre police et manifestants le vendredi.
La police a au total réalisé environ 100 interpellations ce vendredi 5 juin, avec environ 400 personnes contrôlées. « Des individus ont incendié des véhicules, plusieurs poubelles et conteneurs, causant des dégâts à des véhicules stationnés, du mobilier urbain, et du matériel de chantier, » a indiqué l’inspecteur principal Christopher de Mesmaeker. Des projectiles et des feux d’artifice ont été lancés en direction des forces de police, et des cocktails Molotov prêts à l’emploi découverts à proximité de la gare.
Aucun élément ne permet de dire si les commentaires insultants ont été formulés durant les échauffourées. Parmi les quatre vidéos analysées, aucune situation de tension pour les policiers n’était perceptible.

