Belgique

Anvers, capitale du diamant, résiste mais perd face à Dubaï et aux diamants synthétiques.

Ce vendredi, Bart De Wever se rend à Mumbai, en Inde, pour une visite qui mettra en lumière les relations commerciales entre l’Inde et la Belgique, particulièrement dans le secteur des diamants. Lors de son déplacement, il explorera la bourse du diamant et les nouveaux bureaux de HRD Anvers, une entité du Centre Mondial du Diamant d’Anvers, dédiée à la certification des diamants. Une grande partie des diamants extraits, notamment ceux du Botswana, transitent par Anvers avant de se diriger vers l’Inde. Selon Koen Vandenbempt, professeur à l’Université d’Anvers, « 90 à 95% des diamants bruts sont taillés en Inde ». Après avoir été polis, ces diamants retournent à Anvers, d’où ils sont ensuite exportés vers les marchés finaux, y compris les États-Unis.

Anvers, bien qu’elle demeure un acteur clé dans le commerce des diamants, a vu son rôle diminuer face à la montée en puissance de Dubaï. « Il est donc essentiel pour Anvers de renforcer ses liens avec l’Inde », souligne Koen Vandenbempt. De son côté, l’Inde cherche à devenir un acteur incontournable du secteur et mettra en place un nouveau dispositif douanier dès octobre 2026 pour attirer davantage de diamants bruts. Les négociants étrangers qui s’installeront à la Bourse indienne du diamant bénéficieront d’une exonération fiscale de 15 ans, un atout non négligeable pour les diamantaires.

Le secteur diamantaire anversois a traversé des moments difficiles ces dernières années. Bien que le volume total des diamants échangés à Anvers ait connu une hausse au premier semestre 2026, avec une valeur en augmentation de près de 10%, la position d’Anvers sur le marché des diamants bruts a été mise à mal. La guerre en Ukraine et l’embargo sur les diamants russes ont provoqué une chute des importations, entraînant une perte de 30% du volume et de la valeur des échanges, selon Ine Tassignon, porte-parole de l’AWDC. Pendant ce temps, Dubaï a profité de cette situation pour s’imposer comme centre mondial du diamant.

L’émergence des diamants synthétiques représente également un défi pour Anvers. Ces diamants, produits en laboratoire, sont de plus en plus populaires en raison de leur coût inférieur. Ine Tassignon note que « la popularité croissante des diamants de synthèse est l’une des raisons du déclin de la demande en diamants naturels ». Cette tendance a des répercussions sur la production de diamants naturels, les compagnies minières étant contraintes de réduire leur extraction en raison d’une demande en baisse. Malgré cela, Anvers a choisi de ne pas s’orienter vers le marché des diamants synthétiques, qui ne représentent qu’une fraction de son commerce total.

La stratégie d’Anvers de privilégier les diamants naturels sera-t-elle payante à long terme ? Koen Vandenbempt estime que ce choix est risqué, surtout face à la montée en puissance de Dubaï, qui a su tirer parti de ce marché. Aux États-Unis, un marché crucial pour les diamantaires anversois, plus de 60% des bagues de fiançailles sont désormais des bagues en diamants synthétiques.

Pour maintenir sa position, Anvers mise sur ses atouts, notamment son expertise en matière d’identification et de traçabilité des diamants naturels. La visite de Bart De Wever à HRD Anvers s’inscrit dans cette volonté de renforcer la confiance des diamantaires indiens. De plus, l’exemption de droits de douane obtenue par le secteur anversois aux États-Unis constitue un avantage supplémentaire. « L’Amérique est le premier marché pour les diamants taillés : plus de 55% des diamants taillés y sont exportés », rappelle Koen Vandenbempt. En offrant un tarif douanier nul, Anvers espère convaincre les diamantaires indiens de venir tailler leurs pierres sur ses bords.