
6 milliards d’euros et trois parcs d’attractions : Macron, « MBS » et les relations France-Arabie saoudite.
Un projet ambitieux pourrait redonner vie à l’ancienne friche de Mirapolis, un parc d’attractions situé à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. Fermé depuis 1991, ce site, qui a autrefois été le plus grand parc à thèmes de France, pourrait se transformer en un vaste complexe de divertissement, soutenu par un investissement saoudien colossal.
Le groupe Qiddiya, représentant des intérêts d’investissement et de divertissement du royaume d’Arabie saoudite, a prévu d’injecter 6 milliards d’euros dans la création de trois parcs à thème, accompagnés de logements pour le personnel et d’hébergements pour étudiants. Emmanuel Macron a exprimé son enthousiasme pour ce projet, le qualifiant de « sans précédent » et évoquant la création de 22 000 emplois directs, une promesse qui rappelle l’impact qu’a eu Disneyland Paris à son époque.
Le premier parc devrait être dédié à l’univers des mangas, avec un accent particulier sur Dragon Ball Z, tandis que les thèmes des deux autres parcs restent à définir. Le calendrier de construction n’est pas encore établi, mais il est prévu que le chantier s’étale sur plusieurs années.
L’origine de ce projet remonte à une conversation entre Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane lors d’une visite à Riyad en décembre 2024, où ils ont découvert une « passion commune » pour les mangas. Cette anecdote personnelle a évolué pour devenir un projet industriel d’une envergure impressionnante, s’inscrivant dans une stratégie plus large de transformation de l’Arabie saoudite en une puissance mondiale du loisir et du divertissement.
David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique, souligne que l’Arabie saoudite investit massivement dans le secteur du loisir, incluant l’eSport et les jeux vidéo, dans le cadre de sa Vision 2030, qui vise à diversifier l’économie et attirer touristes et investisseurs. L’Arabie saoudite détient déjà 5 % du capital de Nintendo et multiplie les investissements dans le domaine du jeu vidéo.
Qiddiya, projet phare en Arabie saoudite, est conçu comme une ville du divertissement à grande échelle, visant à renforcer la présence du royaume sur la scène internationale et à développer son soft power. Ce projet s’inscrit dans une compétition d’influence entre les pays du Golfe, chacun cherchant à se positionner comme un acteur majeur dans le domaine du sport et du divertissement.
Cependant, le rapprochement entre la France et l’Arabie saoudite ne se fait pas sans controverse. Mohammed ben Salmane, qui incarne la Vision 2030, est également associé à des violations des droits humains, notamment l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Ce contexte complique les relations entre les deux pays, alors que des organisations de défense des droits humains expriment leurs inquiétudes face à la répression en cours en Arabie saoudite.
Malgré ces critiques, Emmanuel Macron continue de promouvoir ce partenariat, soulignant l’importance stratégique de l’Arabie saoudite en tant que puissance régionale et acteur énergétique majeur. Les deux pays ont récemment renforcé leur coopération sur des questions diplomatiques, militaires et économiques, avec plusieurs accords signés lors de la visite de Mohammed ben Salmane à Paris.
Alors que l’Arabie saoudite cherche à moderniser son image et à attirer des investissements, la situation géopolitique demeure fragile. Les tensions au Moyen-Orient pourraient compromettre ses ambitions de développement. Le défi pour Mohammed ben Salmane est de concilier cette modernisation avec un régime autoritaire, où les violations des droits humains persistent.
En somme, la France, en poursuivant ses relations avec l’Arabie saoudite, navigue dans un contexte complexe où les enjeux économiques et diplomatiques se mêlent à des préoccupations éthiques. Les investissements saoudiens, bien que prometteurs, soulèvent des questions sur le prix à payer pour une coopération accrue.
