1er mai : origine de la fête des travailleurs et du travail
Le Premier mai est devenu un jour férié légal en Belgique en 1946, permettant le travail uniquement aux mêmes conditions que le dimanche et avec un repos compensatoire. Historiquement, la tradition du 1er mai, initialement liée aux syndicats et partis de gauche, a été récupérée par divers mouvements, incluant le gouvernement de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale, qui a transformé cette date en « fête du travail et de la concorde sociale ».
Si le 1er mai est devenu un jour férié, cela n’a pas toujours été le cas. Cette date, dédiée aux travailleurs, trouve ses origines près de 140 ans en arrière, aux États-Unis.
### La tradition du 1er mai : des États-Unis vers l’Europe
Historiquement, aux États-Unis, le 1er mai était appelé « Moving Day », le jour où les contrats des travailleurs étaient renouvelés. À la fin du 19e siècle, ce jour se transforma en un symbole de revendication pour les travailleurs américains.
« En 1886, les travailleurs ont lancé un ultimatum aux employeurs en disant que, au 1er mai, ils ne reprendraient pas le travail si la journée de 8 heures n’était pas instaurée », explique Francine Bolle, maîtresse de conférences à l’ULB et spécialiste de l’histoire syndicale. Dans la région de Chicago, cette exigence fut largement suivie : « On va compter plus de 200 à 300 000 grévistes qui vont refuser de prendre le travail et vont faire des grèves et des manifestations », précise Bolle. L’événement sera sévèrement réprimé avec des arrestations et même des exécutions, amplifiant son écho en Europe où les travailleurs revendiquaient également des droits.
Les idées en faveur d’un 1er mai consacré aux travailleurs gagneront en popularité. En 1889, l’American Federation of Labor décrète que ce jour sera désormais un jour de revendication. Cette même année, le congrès de la 2e Internationale socialiste se déroule à Paris. « Des délégués français vont proposer de faire du 1er mai une journée d’action internationale en faveur de la journée de 8 heures », raconte Francine Bolle. Un événement marquant aura lieu en 1891 à Fourmies, en France, où une manifestation pour le 1er mai se termina dans un bain de sang avec neuf morts après que la police ait ouvert le feu sur les manifestants.
### La réduction du temps de travail : la revendication principale du 1er mai
Lorsque le 1er mai est instauré en Belgique à la fin du 19e siècle, la réglementation sociale est encore rudimentaire. La loi sur le travail dominical pour les femmes et enfants vient à peine d’être adoptée. Les conditions de travail demeurent difficiles, avec de longues journées sans repos adéquat.
« La Belgique est en retard par rapport à ses voisins à ce sujet. La loi des 8 heures va être votée en juin 1921 », explique Bolle. Jusqu’à cette date, la lutte pour la réduction du temps de travail reste au cœur des manifestations du 1er mai. Après la Première Guerre mondiale, des avancées comme le suffrage universel pour les hommes apparaîtront. D’autres revendications commenceront également à voir le jour, notamment dans le contexte de la montée des régimes fascistes dans les années 30.
À cette époque, « On est toujours sur des semaines de travail de 48 heures ». Le Front Populaire en France obtient la semaine de 40 heures en 1936, mais la Belgique devra attendre 1964 pour une loi sur les 45 heures hebdomadaires et 1973 pour officialiser la semaine de 40 heures.
Ces dernières décennies, les discours du 1er mai se sont élargis pour aussi aborder des sujets contemporains, tels que les soins de santé, les politiques d’emploi, et la lutte contre les inégalités.
### Le 1er mai : un jour férié en Belgique depuis 1946
À la fin du 19e siècle, le Parti Ouvrier Belge organise les premiers « 1er mai », inspirés par l’Internationale ouvrière socialiste. Au fil du temps, les discours et manifestations autour de cette date sont progressivement acceptés par les autorités. Cependant, il ne s’agissait pas encore d’un jour de congé officiel.
Il a fallu attendre 1946 pour que le 1er mai devienne officiellement un jour férié légal en Belgique. À partir de cette date, le travail n’est autorisé que dans les mêmes conditions que le travail dominical, avec un repos compensatoire.
### De tradition plutôt socialiste, le 1er mai s’est étendu à d’autres horizons
L’origine du 1er mai est à recherche dans les mouvements syndicaux et socialistes. Cette tradition reste ancrée dans ces milieux. Cependant, d’autres groupes s’intéressent aussi au 1er mai.
En France, par exemple, sous l’occupation allemande, le gouvernement de Vichy s’approprie cette date pour apaiser les esprits. « Le maréchal Pétain s’approprie en fait cette fête pour en faire la fête du travail et de la concorde sociale », souligne Bolle. C’est à cette époque que le muguet remplace l’églantine rouge comme symbole de ce jour.
À la fin des années 80, le Front National déplace sa fête de Jeanne d’Arc au 1er mai, une habitude poursuivie par le Rassemblement National. Même l’Église catholique s’intéresse à cette journée, notamment en lien avec la fête de la Saint-Joseph-Artisan.
En Belgique, le 1er mai demeure un moment de rassemblement principalement du côté des syndicats de gauche, tandis que les autres syndicats sont généralement plus discrets. Plusieurs partis politiques belges en font également un événement majeur, notamment le PS et le PTB. Ce jour se révèle être une occasion stratégique pour se positionner par rapport aux adversaires, particulièrement en période pré-électorale.
**Note éditoriale :** Cet article, initialement publié le 1er mai 2024, vous est reproposé à l’occasion de ce 1er mai 2026.

