
11 septembre 2001 : la réponse américaine a ébranlé le monde, selon des experts
Le 11 septembre 2001, les États-Unis sont frappés par une série d’attaques terroristes qui bouleversent le monde entier. Quatre avions de ligne sont détournés : deux d’entre eux s’écrasent sur les tours jumelles du World Trade Center, un autre atteint le Pentagone, tandis que le dernier se crash à Shanksville, en Pennsylvanie, suite à l’intervention courageuse des passagers pour contrecarrer les plans des terroristes, qui visaient Washington D.C., où se trouvent des institutions clés comme la Maison-Blanche et le Congrès.
Pourtant, malgré l’horreur de ces événements, Pascal Boniface estime que cet instant ne marque pas une rupture décisive dans l’ordre mondial. Selon lui, les attentats révèlent que les États-Unis ne sont pas invincibles, sans pour autant modifier fondamentalement la dynamique internationale.
Cependant, ces attaques ont eu un effet déclencheur. Pieter Lagrou souligne que c’est surtout la réaction de George W. Bush qui a eu un impact plus profond sur l’ordre mondial. Il déclare : « Le calcul des terroristes, c’est surtout que ceux d’en face vont mal réagir. Donc, il n’y a pas de bonne réaction à un attentat terroriste : il y en a de très mauvaises. Et je pense que la réaction de Bush a été catastrophique à cet égard. »
Pour les États-Unis, ces attentats sont perçus comme un acte de guerre, alors qu’ils se croyaient débarrassés de toute menace après la guerre froide. George W. Bush, initialement tourné vers les affaires intérieures, se retrouve à envahir l’Irak en 2003, sans le soutien de ses alliés, après avoir lancé la guerre en Afghanistan. Boniface note que « le 11 septembre était un effet d’aubaine pour Dick Cheney et pour les néo-conservateurs qui ont dit : ‘on va mettre notre programme, qui était un programme un peu ancien, d’hégémonie libérale, on va grâce à cela mettre en route notre programme’. » Cette réponse américaine a, selon lui, renforcé la position de Ben Laden et du terrorisme islamiste, les plaçant au cœur des préoccupations de sécurité nationale.
La politique étrangère des États-Unis a également eu des conséquences dévastatrices au Moyen-Orient, renforçant Israël tout en affaiblissant la Palestine, ce qui a mis à mal les accords d’Oslo, déjà fragilisés par l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995. L’invasion de l’Afghanistan s’est soldée par un échec après deux décennies de conflit, tandis que la seconde guerre du Golfe a conduit à la montée de l’État islamique et à l’éclatement de la guerre civile en Syrie.
Les conséquences des attentats et des guerres qui ont suivi ont aussi légitimé des pratiques telles que la torture par les États-Unis. Lagrou commente : « Là, les États-Unis ont perdu leur crédit moral. Et c’est quelque chose qui intervient au moment même où on crée la Cour pénale internationale. » Il souligne que l’impunité des États-Unis affaiblit le droit international, montrant que certains pays doivent rendre des comptes, tandis que les puissants échappent à leurs responsabilités.
Sur le plan intérieur, la lutte contre le terrorisme a servi de prétexte à une surveillance de masse. Un professeur d’histoire contemporaine à l’ULB dénonce cette dérive : « Là où avant il y avait des scandales sur les écoutes téléphoniques, il n’y a plus aucune illusion sur le caractère confidentiel de nos échanges via les réseaux. » Les droits constitutionnels, tels que le secret de la correspondance, ont été sacrifiés sur l’autel de la sécurité.
Enfin, les événements du 11 septembre ont accentué la question de la sécurité au sein du monde occidental. Boniface observe que ces attentats ont nourri la théorie du choc des civilisations, déjà présente dans le discours géopolitique, citant Samuel Huntington et son ouvrage « Le clash des civilisations ». Il affirme que ces événements ont élargi le fossé entre les opinions occidentales et musulmanes, alimentant un antagonisme existant.
Il est important de noter que l’extrême droite, porteuse d’idéologies islamophobes, avait déjà des bases solides avant le 11 septembre. Comme le rappelle un spécialiste du droit international, « Jean-Marie Le Pen existait depuis la montée en puissance de l’extrême droite, elle est liée aussi à des questions sociales, à des questions de rejet de la classe politique. Alors elle a été alimentée par le 11 septembre, mais pas créée par le 11 septembre. »
