
100 jours d’épidémie Ebola en RDC : explications sur la flambée des cas.
En République démocratique du Congo, la lutte contre Ebola se heurte à une réalité alarmante : l’épidémie progresse à un rythme plus rapide que la réponse des services de santé. Après cent jours d’une crise qui est devenue la plus étendue jamais connue dans le pays, la souche Bundibugyo de la fièvre hémorragique a déjà causé la mort de 2 500 personnes, dont la moitié en seulement 20 jours. Initialement confinée à une province, l’épidémie s’étend désormais à six régions, suscitant des inquiétudes quant à une possible propagation vers la capitale, Kinshasa. « L’épidémie se propage de façon exponentielle. Elle dépasse la rapidité de la réponse, elle s’intensifie et s’étend plus vite que les efforts déployés dans toute la région », a déclaré Julien Harneis, coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies.
La complexité de la situation est exacerbée par plusieurs facteurs. Ebola a refait surface dans le nord-est de la RDC, une zone déjà touchée par le virus par le passé. Bien que les habitants aient acquis des réflexes utiles pour lutter contre la transmission, ils sont confrontés à une souche différente de celle qu’ils avaient connue, la souche Bundibugyo, dont les symptômes initiaux ressemblent à ceux du paludisme. Cette similitude peut entraîner des confusions, retardant ainsi le diagnostic et la transmission du virus.
La détection tardive de l’épidémie, déclarée le 14 mai, a permis au virus de se propager avant que des mesures adéquates ne soient mises en place. Anna Halford, coordinatrice de Médecins sans frontières (MSF) à Bunia, souligne que « on courait déjà derrière le virus dès le départ ». Elle met également en avant un autre obstacle majeur : une surveillance insuffisante sur le terrain, ce qui empêche une remontée efficace des informations vers les équipes de santé. « Depuis le début, certains éléments de base ne sont pas à la hauteur de ce qu’on aimerait voir », a-t-elle ajouté.
L’absence de vaccin spécifique pour la souche Bundibugyo complique davantage la situation. Bien qu’un vaccin contre la souche Zaïre, le « Ervebo », ait été mis à disposition, son efficacité contre la souche actuelle reste incertaine. Deux vaccins ciblant Bundibugyo sont en cours d’essais cliniques, mais le processus est long alors que le virus continue de se propager rapidement. Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, a indiqué que la communauté internationale a promis un milliard de dollars pour soutenir la réponse à l’épidémie, mais la coordination des efforts reste un défi dans un contexte marqué par la corruption et des conflits armés.
La méfiance de la population envers les équipes de soins constitue un autre frein à la lutte contre Ebola. Ce climat de suspicion, alimenté par des problèmes de corruption lors de précédentes épidémies, complique la prise en charge des malades. Anna Halford a noté que cette méfiance est liée à un contexte de conflit, de déplacements de populations et d’un système de santé déjà fragile. « Il faut beaucoup d’efforts pour avoir tout le monde avec soi », a-t-elle déclaré, soulignant la nécessité d’établir une confiance avec les communautés.
Face à la virulence d’Ebola, qui entraîne un taux de mortalité élevé, la réponse doit être rapide et efficace. « On a besoin de tout, partout, et immédiatement », conclut Halford, appelant à une mobilisation générale pour contrer cette épidémie qui menace de s’intensifier dans une région déjà en proie à l’insécurité et à l’incertitude politique.
