Algérie

Trafic de lingots d’or vers la Turquie : 12 prévenus jugés

Le 1er septembre prochain, un tribunal d’Alger se penchera sur une affaire judiciaire d’une grande gravité. Le tribunal de Dar El Beïda examinera le dossier de trafic de lingots d’or et de transfert illicite de fonds à l’étranger, impliquant douze individus, qualifiés par l’accusation de membres d’un réseau criminel international. Parmi ces prévenus se trouve un agent de sécurité de l’aéroport international Houari Boumediene, selon les informations rapportées par le média Echourouk.

Ces douze suspects seront jugés pour des accusations sérieuses, notamment la contrebande et l’introduction illégale de bijoux en or, ainsi que le blanchiment d’argent, le tout dans le cadre d’une organisation criminelle bien structurée. Les infractions incluent également des violations des réglementations sur les changes et la circulation des capitaux entre l’Algérie et l’étranger, ainsi que des délits de trafic d’influence et l’absence de facturation. Une première comparution avait déjà révélé l’ampleur de ce réseau de contrebande, qui aurait des ramifications au sein même des services aéroportuaires.

Les investigations menées par les autorités de sécurité, suivies par la justice, ont mis en lumière un système élaboré permettant de contourner les contrôles. Des fonctionnaires auraient ainsi permis à des voyageurs transportant des métaux précieux de passer sans encombre les différents filtres de sécurité. En échange, des avantages, des cadeaux et des paiements en espèces, pouvant atteindre jusqu’à 400 millions de centimes, auraient été échangés. Ce type de collusion n’est pas sans précédent, la justice algérienne ayant déjà traité des affaires similaires, comme celle d’un industriel de la joaillerie qui avait perdu 2,3 milliards avec l’aide de policiers.

L’enquête a également révélé un circuit international de trafic d’or, où l’or quittait l’Algérie accompagné de sommes en devises. Une fois en Turquie, des ateliers clandestins étaient chargés de refondre et de remodeler le métal. Les bijoux, une fois transformés, étaient réintroduits en Algérie sous une fausse identité commerciale, celle de la marque italienne « Goldy », et étaient ensuite vendus dans des commerces de joaillerie. Ce schéma rappelle le démantèlement d’un réseau transfrontalier d’exportation de métaux précieux, évalué à 38 milliards.

L’affaire a pris un tournant le 19 février 2025, lorsque la police des frontières a intercepté un passager, identifié comme « B. Reda », à bord du vol TK0654 de Turkish Airlines à destination d’Istanbul. Lors de la fouille, les agents ont découvert quatorze lingots d’or, totalisant près de 9,6 kilos, dissimulés dans ses chaussures, sous-vêtements et une ceinture élastique.

En plus des lingots, les policiers ont également saisi des devises non déclarées, incluant plus de 10 000 euros, ainsi que des coupures turques, britanniques, égyptiennes, des riyals saoudiens et des dirhams émiratis. Cette découverte a été le point de départ d’une enquête qui a conduit aux inculpations des douze suspects. L’aéroport d’Alger, déjà connu pour ce type d’affaires, a récemment été le théâtre d’autres saisies, dont celle d’un commerçant algérien prétendant être parlementaire pour éviter la fouille de ses bagages, ainsi que d’un faux élu arrêté avec 13 milliards dissimulés dans du papier aluminium. Le procès prévu pour le 1er septembre devrait mettre en lumière la responsabilité des agents chargés de la sécurité des contrôles aéroportuaires.