Tentative d’immolation devant le ministère de la Justice : 10 ans de prison requis
Un militant associatif originaire de Frenda s’est aspergé d’essence et s’est enflammé devant l’entrée du ministère de la Justice, à Alger, à 7h20 du matin. La scène a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux peu après. Plusieurs mois après ces événements, le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed a examiné cette affaire singulière. Le parquet a requis des peines sévères, allant de 3 à 10 ans de prison ferme pour cinq accusés aux rôles très différents. Le prononcé du jugement est prévu pour le 3 août prochain.
C’est le 1er juin 2025, en début de matinée, que « F.Z » s’est présenté seul devant le siège du ministère de la Justice. Âgé d’une cinquantaine d’années, cet habitant de Frenda n’est pas arrivé les mains vides. Il s’est aspergé d’essence avant d’allumer le feu à la partie supérieure de son corps. Cet acte a été délibéré, réalisé en public, dans un lieu hautement symbolique.
Ce qui complique considérablement le dossier, c’est la présence de deux complices présumés. L’un d’eux avait assuré le transport jusqu’à Alger, tandis que l’autre s’était chargé de filmer la scène et de la publier immédiatement sur les plateformes numériques. C’est précisément cette organisation apparente qui a conduit le parquet à poursuivre un total de cinq personnes, chacune pour des chefs d’accusation distincts.
Le représentant du ministère public a adapté ses réquisitions en fonction de l’implication de chaque prévenu. Pour « F.Z », auteur principal de l’acte, le parquet a demandé 3 ans de prison ferme, assortis d’une amende de 500 000 dinars. La même peine de 3 ans ferme a été requise pour trois autres prévenus : « M.H », « A.M » (chauffeur de taxi clandestin ayant assuré le transport) et « Y.A ».
Le cas le plus sévèrement traité est celui de « B.A », agent de sécurité travaillant dans un hôpital. Contre lui, le parquet a réclamé 10 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars. Son statut de fonctionnaire, combiné aux charges retenues, a manifestement influencé le réquisitoire.
Les chefs d’accusation retenus contre l’ensemble des prévenus sont variés. Ils incluent notamment la tentative d’influencer les décisions judiciaires par des actes publics, la mise en danger délibérée de la vie d’autrui, la diffusion intentionnelle de fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public, ainsi que l’abus de fonction pour l’agent hospitalier.
À la barre, tous les prévenus ont nié les accusations. « F.Z » a fourni une explication personnelle. Il a décrit un état de colère intense et une détérioration psychologique sévère au moment des faits, affirmant n’avoir jamais eu l’intention d’interférer avec le cours de la justice. Ancien militaire ayant servi 30 ans dans l’armée nationale, il a également exercé comme journaliste et militant associatif. Père de trois enfants, il a demandé à bénéficier des circonstances atténuantes.
Cependant, son passé judiciaire complique sa défense. Devant le tribunal correctionnel de Frenda, il avait déjà été poursuivi dans deux affaires distinctes : l’exercice d’une activité associative sans agrément, assorti de collecte de fonds non autorisée, et l’incitation à un rassemblement non armé ayant entraîné le blocage d’une voie publique.
Par ailleurs, le représentant de l’agent judiciaire du Trésor public a demandé, pour l’ensemble des accusés, une indemnisation de 4 millions de dinars au titre du préjudice causé à une institution publique, en l’occurrence le ministère de la Justice.
