Algérie

Scandale IMETAL : Charaf-Eddine Amara acquitté, les autres prévenus risquent 10 ans

La Cour d’Alger a rendu, ce mardi 14 juillet, ses arrêts en appel dans le dossier de corruption lié au groupe public Imetal, avec des peines prononcées allant de 10 ans de prison ferme jusqu’à l’acquittement pour plusieurs prévenus. Charaf-Eddine Amara, ancien président de la Fédération algérienne de football, a bénéficié d’un acquittement sur l’ensemble des charges, après avoir déjà été relaxé en première instance.


La Cour d’Alger a rendu, le mardi 14 juillet, ses décisions en appel dans l’affaire de corruption liée au groupe public Imetal. Les peines varient considérablement : 10 ans de prison ferme pour un homme d’affaires oranais connu sous le nom de « Nounou Manita », tandis que plusieurs prévenus, dont l’ancien président de la Fédération algérienne de football, Charaf-Eddine Amara, ont été acquittés. L’ex-ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun, voit quant à lui sa peine initiale réduite par la juridiction d’appel.

La juge a confirmé les verdicts de première instance sur le principe, tout en apportant des ajustements notables. Condamné à 5 ans ferme par le tribunal de Sidi M’hamed en avril dernier, Ali Aoun écope désormais de 3 ans de prison, dont 2 ans ferme, avec une amende d’un million de dinars. Cela représente une réduction significative, sans pour autant constituer un acquittement.

La peine maximale a été prononcée contre deux individus. Abdelnour A., dit « Nounou Manita », homme d’affaires d’Oran, déjà en détention depuis le début de l’affaire, a été condamné à 10 ans de prison ferme et à une amende de un million de dinars. L’investisseur Sami Bougataya a reçu la même peine. Ces deux condamnations constituent la part la plus sévère du verdict, le premier étant identifié dès le début des enquêtes, qui avaient relevé des transactions suspectes entre certaines filiales d’Imetal et cet homme d’affaires. Ce dernier s’était également rendu en Mauritanie sans mandat légal, accompagné de hauts responsables de sociétés publiques.

Le fils de l’ancien ministre, Mehdi Aoun, voit sa peine passer de 6 à 4 ans de prison ferme, accompagnée d’une amende de 200 000 dinars. Cette réduction suit un schéma semblable à celle de son père, sans effacer sa responsabilité pénale. Deux cadres dirigeants du secteur public, S. Noureddine, directeur général de l’entreprise Fondal, et B. Karim, PDG du complexe Sider El-Hadjar, sont également condamnés à 3 ans fermes chacun, plus une amende d’un million de dinars pour dilapidation de deniers publics et conclusion de contrats illégaux.

Par ailleurs, l’opérateur économique Cherafaoui Mohamed et le président du club équestre El-Kouara, Abdelhalim, ont écopé de peines de 5 ans de prison ferme chacun, avec une amende d’un million de dinars.

Un retournement notable a eu lieu lors de cette audience : Charaf-Eddine Amara a été acquitté de toutes les charges. Déjà relaxé en première instance, il récupère également ses documents de voyage, le contrôle judiciaire dont il faisait l’objet étant levé. D’autres prévenus, comme Aymene Chriet, directeur général d’un concessionnaire d’une marque automobile chinoise, ainsi que le gestionnaire Attia et les dirigeants de sociétés pharmaceutiques Abdelkader Amraoui et Mohamed Habis, ont également été acquittés, leurs passeports leur étant restitués et les mesures de surveillance judiciaire levées.

Ce jugement d’appel marque une étape, au moins temporaire, dans cette affaire judiciaire qui a débuté bien avant le procès. Dès juillet 2024, le juge d’instruction du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed avait ordonné une enquête complémentaire approfondie après la découverte de nouveaux indices. La chambre d’accusation de la cour d’Alger avait ensuite rejeté, en novembre 2024, les demandes de remise en liberté des principaux détenus.

L’affaire Imetal s’inscrit dans une lutte judiciaire plus large contre la corruption au sein des entreprises publiques algériennes. Les charges initiales incluaient des accusations de blanchiment d’argent, de dilapidation de fonds publics, d’attribution illégale de marchés, d’abus de fonction et de perception d’avantages indus, le tout régulé par la loi 01-06 sur la prévention et la lutte contre la corruption. Le groupe Imetal, qui œuvre dans les secteurs métallurgiques et sidérurgiques, se trouvait au cœur d’un système présumé de marchés truqués liés à des transactions de déchets ferreux et de résidus de cuivre.

Ce dossier s’inscrit dans un contexte similaire, puisque le fils de l’ancien secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes, a été condamné début juillet à 10 ans de prison ferme pour blanchiment d’argent, avec confiscation totale de ses biens, par le même pôle pénal spécialisé.