Algérie

Sánchez en Algérie : discussions sur gaz, hydrogène vert et traité d’amitié

Pedro Sánchez a posé pied à Alger ce jour pour une visite officielle express, la première depuis octobre 2020. Les exportations vers l’Algérie avaient dégringolé de 1,9 milliard d’euros en 2021 à seulement 332 millions en 2023.


Pedro Sánchez est arrivé à Alger aujourd’hui pour une visite officielle brève, la première depuis octobre 2020. Provenant directement de New York, où il participait à la finale de la Coupe du monde, le chef du gouvernement espagnol repartira dans la soirée. Cependant, la courte durée de son séjour ne doit pas masquer l’importance de ce déplacement, dont les enjeux sont considérables et la portée symbolique largement supérieure aux quelques heures prévues à son agenda.

Accueilli au palais de la Mouradia par le président Abdelmadjid Tebboune, Sánchez débute une journée chargée. Un entretien bilatéral de haut niveau est suivi d’une réunion de travail avec le Premier ministre pour établir les mécanismes concrets d’une nouvelle phase de coopération, notamment la relance des commissions mixtes algéro-espagnoles. Parallèlement, un forum d’affaires algéro-espagnol se déroule pour traduire économiquement ce réchauffement politique.

L’énergie est au cœur de la visite de Sánchez à Alger. La composition de la délégation espagnole révèle clairement les priorités de Madrid. Aux côtés de la ministre de la Transition écologique et de l’Union énergétique se trouvent les dirigeants de quatre grandes entreprises du secteur : Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve. Leur présence simultanée en Algérie n’est pas le fruit du hasard.

Le gaz naturel domine l’agenda énergétique. L’Espagne compte de plus en plus sur les livraisons algériennes via le gazoduc Medgaz, seule liaison directe entre les deux rives depuis la fermeture du Maghreb-Europe en 2021. Madrid cherche à sécuriser ses approvisionnements à moyen et long terme, tandis qu’Alger souhaite renforcer son statut de fournisseur fiable pour l’Europe. Les deux parties devraient également envisager une révision de certaines clauses des contrats à long terme qui courent jusqu’en 2030, afin de les adapter aux nouvelles réalités des marchés mondiaux.

La présence de Moeve (anciennement Cepsa) ouvre une perspective d’avenir. Spécialisée dans les carburants durables et les molécules bas carbone, cette entreprise représente l’aspect le plus prometteur de la coopération : l’hydrogène vert. L’Algérie dispose d’avantages naturels significatifs pour s’imposer sur ce marché émergent, son ensoleillement exceptionnel et sa position géographique en faisant un candidat idéal pour alimenter les futurs corridors énergétiques vers l’Europe.

D’un point de vue diplomatique, cette journée pourrait marquer un tournant historique. Selon des sources concordantes, la visite de Sánchez devrait mener à l’annonce officielle de la réactivation du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, signé en 2002 et suspendu suite à la rupture de 2022.

Cette crise avait éclaté subitement lorsque Madrid avait modifié sa position sur le Sahara occidental en faveur du plan d’autonomie marocain. En réaction, Alger avait rappelé son ambassadeur et suspendu les accords bilatéraux. Depuis, le chemin du rapprochement a été long. La détente progressive entre Alger et Madrid s’est construite étape par étape : nomination d’un nouvel ambassadeur algérien à Madrid en 2023, reprise partielle des échanges en 2024, puis visite du ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares à Alger en mars 2026, première depuis la crise.

Ce processus a également produit des résultats concrets et mesurables. Après la visite d’Albares, les flux quotidiens de Medgaz avaient augmenté de 28 à 32 millions de mètres cubes, indiquant que le réchauffement politique avait rapidement eu des conséquences tangibles. La visite de Sánchez représente l’aboutissement logique de cette dynamique.

Au-delà de l’énergie et des relations bilatérales, les discussions devraient s’étendre aux grandes questions régionales qui s’imposent désormais à l’agenda méditerranéen. La situation dans la zone sahélo-saharienne, la coordination sécuritaire et la lutte contre la migration irrégulière figurent parmi les sujets attendus.

Ces thématiques sont devenues essentielles pour Madrid, qui fait face à une pression migratoire croissante vers les îles Canaries. L’Algérie, acteur clé dans la gestion des flux en provenance d’Afrique subsaharienne, est un partenaire que l’Espagne ne peut se permettre d’ignorer sur ce dossier.

La rupture de 2022 a eu des conséquences lourdes pour les opérateurs espagnols. Les exportations vers l’Algérie ont chuté de 1,9 milliard d’euros en 2021 à seulement 332 millions en 2023. Depuis le début de l’année 2026, le retour des entreprises espagnoles sur le marché algérien s’est accentué, mais le niveau d’avant-crise n’est pas encore retrouvé.

Le forum d’affaires algéro-espagnol organisé en marge de la visite vise précisément à combler cette lacune. Il répond à l’appel du président Tebboune, qui avait évoqué la nécessité d’aller « le plus loin possible » dans les relations économiques entre les deux pays. De son côté, Madrid envoie un signal clair en mobilisant ses leaders industriels autour de ce déplacement : le partenariat avec Alger est considéré comme une priorité stratégique, et non comme un simple ajustement conjoncturel.

La journée de Sánchez à Alger s’annonce donc comme bien plus qu’une simple escale diplomatique. C’est une mise sur l’avenir d’une relation que quatre ans de turbulences n’ont pas pu anéantir.