Produits algériens bloqués à l’export : origine du problème et réponse de l’État.
Un simple certificat jugé insuffisant à l’étranger peut entraîner le blocage d’une cargaison algérienne. Sur le marché national, des marchandises peuvent être retirées en urgence après la découverte d’anomalies. Bien que ce type d’incident soit peu médiatisé, il affecte la compétitivité des entreprises, ternit l’image de la production nationale et nuit directement aux consommateurs.
Cette situation met en lumière une difficulté plus profonde : celle d’organiser efficacement les acteurs chargés de vérifier la qualité et la conformité des produits. Pour y remédier, le gouvernement souhaite franchir une nouvelle étape dans l’organisation du contrôle de la qualité en Algérie.
Réuni jeudi dernier, l’exécutif a fait le point sur l’état d’avancement d’un projet engagé depuis plusieurs années, visant à structurer durablement le système national d’évaluation de la conformité.
Derrière le terme technique du projet « Réseau national d’accréditation, de certification et d’homologation », se cache un enjeu concret : garantir que les produits fabriqués, vendus ou exportés depuis l’Algérie respectent les normes en vigueur.
Lorsque qu’un produit arrive sur un marché étranger, plusieurs étapes doivent confirmer sa conformité. Des laboratoires réalisent des analyses, des organismes d’inspection effectuent des vérifications et des structures de certification attestent du respect des normes.
Le gouvernement cherche aujourd’hui à mieux organiser cette chaîne de contrôle afin de renforcer la fiabilité des résultats et de limiter les situations où un produit peut être bloqué en raison d’un manque de coordination entre les différents acteurs.
Le socle de cette réforme repose notamment sur le Réseau des laboratoires d’essais et d’analyses de la conformité (Releac), créé par décret en novembre 2021 et placé sous l’autorité du ministère chargé de la Protection du consommateur.
À travers ce réseau, les autorités souhaitent avoir une meilleure visibilité sur les capacités disponibles dans les laboratoires algériens et faciliter l’accès aux analyses nécessaires.
La réforme s’appuie également sur Geolab, une plateforme numérique destinée à centraliser les informations sur les laboratoires existants.
L’objectif est de permettre aux différents acteurs de savoir rapidement quels laboratoires peuvent réaliser une analyse précise, avec quels équipements et selon quelles méthodes.
Cette organisation doit également éviter un gaspillage de moyens. Actuellement, plusieurs universités, centres de recherche, ministères et organismes spécialisés disposent d’équipements performants, mais sans toujours bénéficier d’une coordination globale.
Avec Geolab, l’État souhaite établir une cartographie dynamique des capacités nationales afin d’optimiser l’utilisation des ressources existantes.
Concrètement, la plateforme doit permettre de répondre plus facilement à des questions essentielles. Quel laboratoire peut analyser un produit donné ? Quelles sont ses capacités techniques ? Est-il en mesure de fournir des résultats conformes aux exigences demandées ?
Le nouveau réseau ne remplace toutefois pas les structures déjà existantes. L’Algérie dispose depuis 2005 d’Algerac, l’organisme national d’accréditation rattaché au ministère de l’Industrie.
Son rôle est différent mais complémentaire. Algerac ne réalise pas directement les analyses, mais il vérifie la compétence des laboratoires, des organismes d’inspection et des organismes de certification chargés d’effectuer ces contrôles.
L’organisme fonctionne selon des règles internationales et fait l’objet d’évaluations régulières par ses homologues étrangers, notamment européens.
Le système repose donc sur plusieurs niveaux :
– Algerac accrédite les organismes chargés des contrôles ;
– Releac organise le réseau des laboratoires d’essais et d’analyses ;
– Geolab doit faciliter l’identification des capacités disponibles.
L’enjeu est désormais de mieux articuler ces différents dispositifs, qui relèvent aujourd’hui de structures administratives distinctes.
Pour les entreprises algériennes qui exportent, la question dépasse la simple formalité administrative. Un contrôle reconnu par les partenaires étrangers peut faciliter l’accès à un marché, tandis qu’un manque de reconnaissance peut entraîner des délais supplémentaires, des vérifications répétées ou un blocage du produit.
Le défi n’est donc pas uniquement de produire, mais aussi de pouvoir démontrer rapidement et efficacement que le produit respecte les normes exigées.
Du côté des consommateurs algériens, un système mieux coordonné doit également permettre de renforcer la surveillance du marché national et de mieux détecter les produits qui ne répondent pas aux exigences de conformité.
À travers ce chantier, le gouvernement cherche à structurer une chaîne de contrôle plus cohérente, capable d’accompagner les exportateurs tout en renforçant la confiance dans les produits disponibles en Algérie.
