Algérie

L’UE menace les Caraïbes : fin de la citoyenneté par investissement ?

Le compte à rebours a commencé pour les Caraïbes. L’Union européenne a émis un ultimatum clair à cinq pays de la région : fermer leurs programmes lucratifs de « citoyenneté par investissement » d’ici deux ans, sous peine de perdre l’accès sans visa à l’espace Schengen.

Cette menace constitue un défi direct pour le modèle économique d’Antigua-et-Barbuda, de la Dominique, de la Grenade, de Saint-Kitts-et-Nevis et de Sainte-Lucie, qui ont fait de la vente de citoyenneté — accessible dès 200 000 dollars — une source de revenus essentielle.

Selon l’Organisation des États de la Caraïbe orientale, chacun des cinq pays a reçu, le mois dernier, une lettre les informant des nouvelles règles européennes : le maintien de ces programmes équivaut désormais à perdre l’accès sans visa. L’UE a fixé une date limite : le 1er juin 2028 pour mettre un terme définitif à ces initiatives.

Dans un communiqué commun, les Premiers ministres ont annoncé qu’ils préparaient une « réponse collective ». Réunis la semaine dernière à la Dominique, ils envisagent d’effectuer une « mission de haut niveau à Bruxelles » dès que possible pour rencontrer Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, António Costa, président du Conseil européen, ainsi que d’autres hauts responsables de l’UE.

Les responsables européens n’ont pas souhaité commenter la situation. L’UE se montre opposée à ces programmes depuis longtemps : leurs détracteurs soulignent un contrôle insuffisant des candidats, ce qui pourrait favoriser le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, la fraude d’identité et l’immigration clandestine.

Cependant, plusieurs États membres proposent eux-mêmes des programmes de résidence par l’investissement pouvant mener à la citoyenneté. Parallèlement, Donald Trump a lancé l’année dernière sa « Trump Gold Card » à un million de dollars — délivrée en quelques semaines et promettant un accès direct à la nationalité américaine pour les personnes qualifiées et vérifiées.

Pour rappel, ce programme permet à de riches investisseurs — souvent originaires de pays dont le passeport limite l’accès à l’Occident — d’acquérir une nationalité dès 100 000 dollars d’investissement dans l’économie locale. En retour, ils obtiennent un passeport leur ouvrant les portes de plus de 100 pays sans aucune démarche de visa.

De plus, Bruxelles et Washington estiment que ces micro-États n’ont pas les moyens d’enquêter efficacement sur des candidats provenant de régions éloignées comme le Moyen-Orient, l’Europe de l’Est ou l’Asie centrale. En conséquence, ces nouveaux citoyens caribéens pourraient représenter un risque sécuritaire lors de leurs déplacements sans visa.

L’UE maintient une position ferme : sans réaction rapide et concrète des gouvernements concernés, les citoyens de ces pays se verront retirer purement et simplement leur exemption de visa pour l’espace européen.