L’Algérie confrontée à un défi pour atteindre les 15 GW.
Le soleil est omniprésent en Algérie. Toutefois, pour réaliser l’objectif des 15 GW d’énergie solaire, le pays doit désormais faire face à des défis qui vont au-delà de la simple disponibilité de cette ressource naturelle. Il ne s’agit plus seulement de mesurer les taux d’irradiation ou d’exploiter les vastes étendues sahariennes, mais de résoudre une équation économique et industrielle plus complexe.
Si l’Algérie souhaite déployer 15 GW d’énergie photovoltaïque, la réussite de ce projet dépendra en grande partie de sa capacité à transformer cette ambition en projets qui soient à la fois financés, raccordés et durables.
Un constat établi par la revue spécialisée PV Magazine, suite aux travaux de l’Association de l’industrie solaire du Moyen-Orient (MESIA), met en avant une nouvelle phase dans le développement du secteur. L’avenir se joue désormais sur la viabilité financière des projets, la modernisation du réseau électrique et l’évolution des mécanismes d’achat d’électricité.
Le système électrique national repose presque exclusivement sur le gaz naturel, qui alimente environ 99% de la production d’électricité. Ce système est également soumis à la pression d’une demande intérieure en constante augmentation. Dans ce contexte, la transition énergétique prend une tournure pragmatique.
Boukhalfa Yaici, directeur du cluster GECA (Algeria Green Energy Cluster), souligne l’importance économique de cette stratégie : « Chaque mégawattheure produit à partir du solaire ou de l’éolien préserve une quantité équivalente de gaz naturel ». Cette affirmation résume l’impératif national. L’énergie solaire ne représente pas seulement un levier écologique, mais également un outil d’arbitrage économique visant à libérer des volumes de gaz pour l’exportation à forte valeur ajoutée ou pour l’industrie locale.
L’Algérie a déjà lancé des chantiers concrets, avec environ 3,2 GW en cours de réalisation dans les Hauts Plateaux et le Sud. Cependant, la structure actuelle du secteur montre ses limites. Historiquement, le modèle repose sur la compagnie nationale Sonelgaz, qui finance et possède les infrastructures avant de lancer des appels d’offres pour leur construction. Bien que cette approche d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction ait permis de démarrer les premiers projets, elle impose une charge financière importante au secteur public. Pour accélérer le rythme, le marché solaire algérien devra progressivement s’ouvrir aux producteurs d’électricité indépendants, soutenus par des contrats d’achat d’électricité à long terme et un cadre contractuel sécurisant pour le capital privé.
L’attractivité des investissements dépend d’un environnement réglementaire stable et prévisible. Les facteurs de réussite se mesurent sur une durée de vie opérationnelle de 20 à 30 ans, incluant : la clarification des procédures d’octroi de permis et d’accès foncier ; la transparence des mécanismes d’appels d’offres ; l’accès simplifié aux points de raccordement de la transmission électrique ; et le renforcement des partenariats industriels locaux.
Par ailleurs, la question des réseaux électriques reste prioritaire. Les zones présentant le plus grand potentiel solaire se situent loin des principaux centres de consommation du Nord. Sans une modernisation parallèle des lignes de transport, des postes électriques et des capacités de stockage par batterie, la production d’énergie renouvelable risque d’être limitée. Le stockage par batterie devient ainsi un équipement d’infrastructure essentiel pour stabiliser le réseau et lisser les pics de demande.
Enfin, l’exigence de 35% d’intégration locale impose la création d’un tissu industriel durable, capable d’aller au-delà de la simple sous-traitance pour développer une ingénierie et une chaîne d’approvisionnement nationales. Ces bases conditionneront également le développement futur de l’hydrogène vert, envisagé comme le prolongement stratégique du programme national.
L’Algérie entre dans une phase de maturité industrielle où les ressources naturelles doivent céder la place à une organisation de marché rigoureuse. La réussite du programme dépendra ainsi de la mise en place de structures bancables, d’un réseau électrique adapté et d’une intégration industrielle locale capable de soutenir ces ambitions sur le long terme.
