La BPCO en Algérie : ce « tueur silencieux » souvent découvert tardivement
La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est la 3e cause de décès dans le monde, ayant provoqué près de 3,5 millions de décès en 2021, soit environ 5 % des décès mondiaux. À Alger, environ 9,2 % des personnes âgées de plus de 40 ans seraient touchées par la BPCO, selon des données publiées dans la Revue des maladies respiratoires.
Une simple toux attribuée au tabac. Un essoufflement dans les escaliers considéré comme normal avec l’âge ou le manque d’exercice. Des milliers de personnes minimisent ces symptômes quotidiens, sans réaliser qu’une maladie irréversible nuit progressivement à leurs poumons : la BPCO. Souvent diagnostiquée à un stade avancé, cette maladie est la troisième cause de décès à l’échelle mondiale. Quels sont donc ces premiers signes anodins à ne jamais ignorer ?
Longtemps considérée comme secondaire par rapport à d’autres maladies respiratoires plus connues, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) avance de manière discrète. Pourtant, ses conséquences sont graves. Souvent associée au tabagisme, cette maladie chronique irréversible est aujourd’hui l’une des principales causes de décès dans le monde. Son principal danger réside dans son caractère silencieux. Les premiers symptômes passent souvent inaperçus ou sont banalisés jusqu’à la survenue de complications graves.
C’est autour de cette problématique qu’une table ronde consacrée à la sensibilisation à la BPCO a récemment rassemblé le Pr Merzak Gharnaut, président de la Société algérienne de pneumologie (SAP), le Pr Rachida Khelafi, cheffe du service de pneumologie au CHU de Beni Messous, le Pr Kachenoura Aldjia, cheffe du service de cardiologie au CHU de Béjaïa, ainsi que Monsieur Rami Scandar, président du laboratoire AstraZeneca pour le Proche-Orient et le Maghreb, et Madame Leila Mrad, directrice d’AstraZeneca Algérie.
Les discussions ont été axées sur la maladie, son diagnostic, ses facteurs de risque, les symptômes, ainsi que les solutions thérapeutiques actuellement disponibles en Algérie.
BPCO : une maladie fréquente qui tue encore trop
D’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la BPCO constitue actuellement la troisième cause de décès dans le monde. En 2021, elle a causé près de 3,5 millions de décès, représentant environ 5 % des décès mondiaux.
La maladie entraîne une réduction progressive du flux d’air dans les poumons en provoquant des lésions irréversibles au niveau des bronches et des alvéoles pulmonaires. Elle se manifeste principalement par une toux chronique, souvent accompagnée d’expectorations. On note aussi un essoufflement à l’effort, une respiration sifflante et une fatigue persistante.
Cependant, malgré sa fréquence, la BPCO demeure largement méconnue du grand public. Le Pr Rachida Khelafi souligne qu’à Alger, environ 9,2 % des personnes de plus de 40 ans seraient touchées, selon des études publiées dans la Revue des maladies respiratoires. Elle insiste cependant sur la nécessité de créer un registre national basé sur des critères clairement définis, permettant d’obtenir une image précise de la réelle ampleur de la maladie dans le pays.
Quand les patients banalisent les premiers symptômes
L’un des principaux freins est le retard au diagnostic. Les spécialistes observent régulièrement un même schéma : le patient minimise ses symptômes. Un essoufflement persistant ? Il l’assimile au tabac. Une gêne respiratoire ? Il pense simplement vieillir ou perdre sa forme physique. En conséquence, beaucoup ne consultent que lorsque la maladie a déjà atteint un stade avancé.
« The silent killer », ou « le tueur silencieux », comme certains spécialistes le désignent désormais, agit précisément de cette manière. Souvent, le diagnostic est posé après une aggravation brutale des symptômes, appelée exacerbation, qui oblige le patient à consulter aux urgences ou à se rendre chez un spécialiste. À ce stade, une obstruction sévère des voies respiratoires est déjà présente.
Les experts mentionnent qu’un examen simple permet pourtant de confirmer le diagnostic : la spirométrie, un test de la fonction respiratoire mesurant la capacité pulmonaire. Cet examen dure entre 15 et 20 minutes.
Les deux spécialistes ne préconisent pas un dépistage systématique à grande échelle mais soulignent l’importance d’examiner rapidement les patients présentant des symptômes évocateurs.
Tabac, pollution et environnement professionnel : les principaux facteurs de risque
Le tabagisme reste le principal facteur de risque. Dans les pays à revenu élevé, il serait responsable de plus de 70 % des cas de BPCO. Tant le tabagisme actif que passif jouent un rôle prépondérant. Toutefois, les spécialistes précisent que la maladie ne concerne pas uniquement les fumeurs.
D’autres facteurs de risque incluent :
– L’exposition prolongée à des poussières et produits chimiques en milieu professionnel ;
– La pollution atmosphérique intérieure et extérieure ;
– Certaines infections respiratoires répétées durant l’enfance ;
– Un asthme mal contrôlé ;
– Certains facteurs génétiques plus rares.
Le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura insistent également sur l’importance d’agir dès le plus jeune âge par le biais d’une prévention primaire dans les écoles afin de sensibiliser aux dangers du tabac et de la pollution.
La BPCO ne touche pas seulement les poumons
L’un des points importants abordés au cours de cette rencontre concerne les complications associées à la maladie.
À l’encontre des idées reçues, la BPCO ne se limite pas aux poumons. Elle provoque une inflammation généralisée du corps et favorise plusieurs maladies connexes : diabète, ostéoporose, anxiété, dépression, ainsi que des complications cardiovasculaires.
Le Pr Khelafi a rappelé que les décès liés à la BPCO ne résultent pas principalement d’une insuffisance respiratoire. Selon elle, près de 70 % des décès surviennent à cause des maladies cardiovasculaires associées.
Hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque ou maladies coronariennes peuvent évoluer en parallèle et parfois passer inaperçues derrière les symptômes respiratoires.
Les spécialistes plaident donc pour une prise en charge conjointe entre pneumologues et cardiologues afin d’évaluer systématiquement ces risques.
Vaccination, activité physique et arrêt du tabac : les clés de la prévention
La prévention ne repose pas uniquement sur les médicaments. Le Pr Kachenoura a souligné l’importance de la vaccination antigrippale et antipneumococcique pour limiter les infections respiratoires qui pourraient aggraver l’état des patients.
La pratique régulière d’une activité physique fait également partie intégrante de la prise en charge. Les spécialistes alertent sur les effets délétères de la sédentarité chez les personnes atteintes de BPCO.
Toutefois, une priorité demeure : l’arrêt du tabac. Les médecins insistent sur le fait que le sevrage tabagique est la première mesure à mettre en œuvre après le diagnostic.
Des traitements disponibles en Algérie, mais un défi majeur persiste
Les experts témoignent d’un point rassurant : les traitements existent. Bronchodilatateurs, corticoïdes inhalés, nouvelles associations thérapeutiques et innovations récentes, comme certaines trithérapies, sont désormais accessibles en Algérie.
Ces traitements améliorent la fonction respiratoire, réduisent les exacerbations et limitent les complications cardiovasculaires. Les intervenants ont également évoqué les avancées réalisées avec les traitements inhalés combinés, qui permettent de simplifier la prise quotidienne et d’améliorer l’adhésion des patients.
Parmi les innovations thérapeutiques mentionnées durant les échanges figure la trithérapie inhalée, présentée comme une avancée pour la prise en charge des patients atteints de BPCO. Cette solution, introduite en Algérie par AstraZeneca, vise à simplifier le traitement par une association thérapeutique intégrée, avec pour but d’améliorer l’observance des patients et de réduire le risque d’exacerbations ainsi que certaines complications associées.
De plus, le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura ont rappelé qu’après le diagnostic, la prise en charge thérapeutique se prolonge généralement à vie. Si certains patients expriment des préoccupations quant à d’éventuels effets secondaires, les deux spécialistes assurent que ceux-ci restent faibles comparativement aux bénéfices offerts. Parmi ces avantages figurent la réduction des exacerbations, l’amélioration de la qualité de vie et la prévention des complications.
Pour les spécialistes réunis lors de cette rencontre, le défi dépasse ainsi le cadre thérapeutique. Le véritable combat débute bien avant : reconnaître les symptômes suffisamment tôt. Car face à ce « tueur silencieux », quelques mois gagnés sur le diagnostic peuvent parfois faire toute la différence en matière de qualité de vie et d’évolution de la maladie.

