Exportations de ciment en Algérie : un excédent de 20 millions de tonnes freiné par les ports et la taxe carbone européenne
L’Algérie dispose d’un excédent important de ciment, mais ses exportations restent freinées par des contraintes portuaires et par le mécanisme carbone européen. Le sujet est concret : il s’agit de comprendre pourquoi un pays capable de produire bien plus qu’il ne consomme n’exporte pas encore à la hauteur de son potentiel, et quels leviers sont déjà annoncés pour y remédier.
Un excédent de production qui ouvre la voie à l’export
Le pays est passé d’une situation d’importateur à celle d’un producteur largement excédentaire. La capacité de production est donnée à environ 41 millions de tonnes par an en 2024, pour une consommation nationale d’environ 23 millions de tonnes. L’excédent exportable atteint donc près de 20 millions de tonnes par an.
Cet écart explique pourquoi le ciment est devenu un produit important dans la diversification des exportations hors hydrocarbures. Les matériaux de construction figurent parmi les produits qui tirent ces ventes à l’étranger.
Des exportations en forte hausse, avec l’Europe comme débouché majeur
Les ventes de ciment ont connu une progression rapide : elles sont passées de 60 millions de dollars en 2019 à 747 millions de dollars en 2023, selon le ministre du Commerce de l’époque, Tayeb Zitouni. En 2023, l’Algérie s’est aussi placée au deuxième rang mondial des exportateurs de clinker, derrière le Vietnam, avec environ 439 millions de dollars.
Le marché européen absorbe une part importante de ces flux. En 2023, la France figurait en tête des clients, devant l’Italie et la Belgique. Le port de Ténès a encore expédié 15 000 tonnes de ciment et de clinker vers l’Europe en septembre 2026.
Ce qui freine encore les exportations
Le principal obstacle reste logistique. Les cimentiers exportent moins que leur excédent réel faute d’installations portuaires adaptées. Le chargement rapide de grands navires nécessite des silos, des quais profonds et des équipements spécialisés.
Seuls quelques ports disposent d’un tirant d’eau suffisant pour les grands vraquiers, notamment Annaba, Skikda, Djendjen et Oran. C’est dans ce contexte qu’un port dédié aux exportations de ciment a été demandé, avec la possibilité d’utiliser des silos flottants.
Ce que préparent les autorités et ce qui reste à confirmer
Le 21 septembre 2026, le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, a réuni les producteurs de ciment pour faire le point sur les exportations du premier semestre et examiner de nouveaux marchés. L’objectif affiché est de renforcer la présence du ciment algérien à l’international.
Plusieurs mesures sont déjà mentionnées : une prise en charge de la moitié des frais de transport maritime et aérien depuis février 2025, et une orientation vers davantage de ciment fini plutôt que de clinker. Les autorités misent aussi sur un « ciment vert » pour préserver les débouchés européens.
En parallèle, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, appliqué pleinement depuis le 1er janvier 2026, renchérit le coût des produits les plus émetteurs, dont le ciment. Les producteurs capables de justifier des émissions plus faibles devraient être moins pénalisés.
- Fait confirmé : l’Algérie produit nettement plus de ciment qu’elle n’en consomme.
- Frein principal : les capacités portuaires ne suivent pas encore le rythme de production.
- Enjeu immédiat : vendre davantage de ciment fini, mieux valorisé, tout en s’adaptant aux exigences carbone européennes.
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