
Coupe du monde : images de jeunes femmes dans les stades générées par IA
Une vidéo d’une supportrice brésilienne présente au stade lors du match entre le Maroc et le Brésil, terminé sur un score de 1-1 le 14 juin 2026, a cumulé des millions de vues sur plusieurs plateformes en ligne. L’analyse de la vidéo indique une probabilité de 99,9% qu’elle soit un deepfake ou générée par IA selon le détecteur Hive Moderation.
La vidéo d’une supportrice brésilienne, filmée lors du match entre le Maroc et le Brésil qui s’est terminé sur un score de 1-1 le 14 juin 2026, a connu un immense succès sur plusieurs plateformes en ligne, atteignant des millions de vues. Cette scène a rapidement gagné en popularité en raison du contenu des images. Un homme est aperçu en train de regarder le décolleté de sa voisine, une supportrice vêtue d’un t-shirt aux couleurs du Brésil.
Le commentaire en anglais associé à la vidéo indique : « Eh bien, on dirait qu’on a surpris quelqu’un là. Et maintenant il l’a joue cool après avoir réalisé qu’il était sur le grand écran. Hahaha. Retour à l’action dans ce match à un partout entre le Brésil et le Maroc. »
Sur Instagram, la vidéo a été largement repartagée à l’échelle mondiale.
Le 16 juin, un compte francophone dédié au football a diffusé des captures de la vidéo accompagnées du commentaire : « Un fan brésilien était tellement concentré sur ce qui se passait à côté de lui pendant le match qu’il n’avait pas réalisé que les caméras le diffusaient en direct à l’échelle mondiale. Tout allait bien jusqu’à ce qu’il lève les yeux et se voie sur l’écran géant. La panique sur son visage en disait long : à ce moment-là, il s’est souvenu que des millions de personnes le regardaient. » Ce post a été « liké » par plus de 5200 utilisateurs.
La vidéo a également été reprise par des comptes hispanophones. Un « reel » montrant la même scène a enregistré plus de 3,4 millions de vues depuis sa publication le 15 juin. Sur X, la vidéo est devenue tout aussi virale avec 9,5 millions de vues. En tout, plusieurs centaines de publications ont été générées à partir de cette vidéo, totalisant des centaines de millions de vues sur des plateformes telles que Facebook, Reddit, Youtube et TikTok.
En analysant la vidéo devenue virale, plusieurs incohérences sont apparues :
– Le chrono reste bloqué à 54:19 alors que l’action se déroule.
– Le logo d’ESPN figure à l’écran, alors que le match n’a pas été diffusé par cette chaîne.
– La voix du commentateur présente une tonalité robotique et « métallique », typique des sons générés par des intelligences artificielles.
Nous avons également passé la vidéo au crible d’un détecteur de vidéos générées par intelligence artificielle, nommé Hive Moderation. Les résultats de cet outil indiquent : « 99,9% de probabilités que le contenu soit un deepfake ou généré par IA. »
Le logiciel a aussi révélé que le contenu a probablement été réalisé à l’aide du logiciel Seedance 2.0, qui permet de créer de courtes vidéos à partir de descriptions textuelles ou d’images existantes, qu’elles soient réelles ou générées par IA.
Parmi les publications analysées, nous avons retrouvé sur Instagram la vidéo originale, publiée le 15 juin 2026 par une utilisatrice répondant au nom de « Chiara Cleo ». Ce « reel » a à lui seul comptabilisé 36,5 millions de vues et plus de 580000 « J’aime ».
Les autres images sur son profil correspondent à l’apparence de la « supportrice brésilienne » de la vidéo. L’examen de plusieurs publications révèle que cette personne n’existe pas. Toutes les photos et vidéos analysées montrent des éléments d’IA générative, prouvant qu’il s’agit d’une « influenceuse IA ». Une personne a créé ce personnage fictif et alimenté ses comptes sur les réseaux sociaux à l’aide de contenus synthétiques.
La plupart des contenus montrés par « Chiara Cleo » la présentent légèrement vêtue, se promenant dans des lieux publics ou tenant des propos aux sous-entendus sexuels. Le premier « story à la une » renvoie vers un lien menant à une « page d’atterrissage », qui redirige ensuite vers une page « fanvue ».
Fanvue est une plateforme de contenus érotiques et sexuels. Comparable à OnlyFans ou MYM, cette plateforme propose un modèle d’abonnement qui se distingue par l’intégration d’outils d’intelligence artificielle et la possibilité de monétiser des contenus entièrement générés par IA.
331 000 utilisateurs d’Instagram suivent « Chiara Cleo », et les commentaires sous les vidéos indiquent clairement que de nombreux utilisateurs croient qu’il s’agit d’une personne réelle.
Il existe aujourd’hui un secteur entier d’agences dédiées à la création d’influenceuses totalement ou partiellement synthétiques. Ces fausses influenceuses animent leurs comptes Instagram et/ou TikTok pour gagner en audience avant de monétiser leurs contenus via des plateformes comme Fanvue ou des programmes d’affiliation en direct. Elles utilisent aussi des outils pour contourner les protections mises en place par les plateformes.
Le cas de « Chiara Cleo » n’est pas isolé. Nos recherches ont révélé de nombreuses vidéos de jeunes femmes dans des stades lors de la Coupe du Monde 2026.
Des images de jeunes femmes présentes dans les stades de la Coupe du Monde 2026, générées grâce à l’IA, sont largement diffusées sur les réseaux sociaux.
Depuis, les méthodes pour recréer ces contenus potentiellement viraux circulent sur les réseaux. Certains influenceurs vendent même des packs contenant les « prompts » et astuces pour produire ce type de contenus. Grâce à des outils accessibles au grand public, comme CapCut, il suffit de reprendre une vidéo existante et de fournir la photo d’une personne, réelle ou pas, pour obtenir une vidéo similaire.
Ces vidéos ne proviennent donc pas toutes de modèles générés par des intelligences artificielles. Certaines utilisatrices emploient leurs propres images et recourent à l’IA pour se représenter dans un stade afin d’afficher leur soutien à leur pays.
La sexualisation de l’image de la femme, comme présentée dans ces vidéos générées par l’IA et l’exploitation commerciale qui peut en découler, soulèvent des enjeux sur les standards de beauté et l’impact que ceux-ci peuvent avoir sur la perception de soi, notamment chez les plus jeunes.
